Au Canada, les premières nations sonnent la révolte sociale et écologique

rumeursurlerouergue

« L’inertie, c’est fini ! ». Tel est le slogan qui marque le réveil des Premières nations canadiennes […] . Frappés par de graves inégalités et discriminations, menacés par la folie extractive de l’industrie pétrolière et minière, ignorés du gouvernement ultra-conservateur, peuples autochtones, métis et inuits du Canada sonnent la révolte sociale et écologique. Mené par des femmes, leur mouvement multiforme, Idle No More, s’étend des lointaines plaines glacées aux métropoles, en passant par les réseaux sociaux.

 […]

Le mouvement a été fondé à l’automne 2012 par quatre femmes, dont deux autochtones, dans la province de la Saskatchewan, à l’ouest du Canada. C’est encore une femme qui permet sa médiatisation et son entré sur la scène publique : Theresa Spence, une cheffe de la réserve d’Attawapiskat (Ontario), qui mène un jeûne de six semaines dans un tipi à deux pas du Parlement d’Ottawa  […]. Theresa Spence s’était déjà illustrée, en 2011, en décrétant l’état d’urgence dans sa réserve devant l’insalubrité des abris, sans eau ni électricité, où des familles entières vivaient dans le froid.

 […]

Une lutte en forme de revanche pour ces femmes des Premières nations, touchées de plein fouet par les inégalités. Celles qui n’ont pas pu terminer leurs études subissent deux fois plus le chômage que les Canadiennes non autochtones (un taux de chômage respectif de 20,5 % contre 9,2 %). Les femmes se déclarant des Premières nations, « Métisses » ou « Inuites » perçoivent des revenus 25% inférieurs à leurs concitoyennes  […]. Tout en ayant plus souvent à charge leur famille. Beaucoup sont victimes de violences domestiques dans les réserves, et d’assassinats dans les grandes villes de l’ouest du pays, où les plus défavorisées se prostituent.  […]

Sans oublier le « syndrome des pensionnats », du nom de la politique d’État qui en 150 ans a enlevé plus de 150 000 enfants autochtones à leurs parents pour les placer dans des pensionnats où régnait la maltraitance. Le but : « Tuer l’Indien en eux ». Le gouvernement canadien s’en était excusé en 2008. L’ancien Premier ministre Paul Martin vient de qualifier cette politique de « génocide culturel »  […].

C’est par ses mobilisations écologistes que le mouvement s’illustre. Sa priorité est de lutter contre les lois anti-environnementales du gouvernement de Stephen Harper, le Premier ministre canadien. Fin 2012, sous la pression avérée de l’industrie des oléoducs (l’Association canadienne de pipelines d’énergie), et indirectement des grandes compagnies pétrolières présentes en Alberta – dont Total, qui y exploite les sables bitumineux –, le gouvernement a réduit comme peau de chagrin la protection des milliers de lacs et rivières du pays. Il a également  […] diminué la possibilité pour les Premières nations d’être consultées sur ces questions.

 […]« En Alberta, où sont exploités les sables bitumineux, les Premières nations font venir de l’eau en bouteilles alors qu’elles vivent au bord des fleuves. Les poissons ont trois yeux, la bouche déformée, les canards sont englués dans les bassins de contention…. », s’insurge Melissa Mollen-Dupuis, la représentante du mouvement au Québec.  […]

Intégrer la dette environnementale qu’accumule le gouvernement et les compagnies pétrolières et minières auprès des Premières nations, pour faire baisser la bonne note du Canada, attribuée par des agences de notation, sur les marchés financiers. Telle est l’idée suggérée par un leader autochtone d’Idle No More en Colombie-Britannique, Arthur Manuel. Puisque les ressources naturelles sont extraites de territoires dont certains sont légalement protégés par des traités, autant en tenir la comptabilité. Et cette dette est colossale. En 2012, épaulée par l’étude de l’économiste Fred Lazar, les 49 communautés de la « Nation Nishnawbe Aski », dans le nord de l’Ontario, ont adressé symboliquement au gouvernement de la province une facture de 127 millions de dollars canadiens (97 millions d’euros). « Soit une annuité correspondant à une infime partie de la dette totale sur un siècle » !

Autre spécificité d’Idle No More : son fonctionnement. « Chaque matin, les quatre fondatrices et les leaders dans chaque province (le Canada en compte dix, ndlr) utilisent Facebook pour échanger sur les actions à venir. Elles sont répercutées sur le site officiel d’Idle No More »  […]

Au Québec, on a ainsi pu assister à des « teach-in » (inspiré du mot « sit-in »), ateliers d’apprentissage ou mini-conférences sur le mouvement, et à des manifestations dans les rues de Montréal  […]. Une marche de 1600 kilomètres a été menée par de jeunes Autochtones du Nunavik (grand Nord du Québec) baptisée le « Chemin des êtres humains »  […] et s’est achevé avec près de 300 marcheurs à Ottawa, la capitale fédérale, deux mois plus tard. Ils n’ont pas été reçus par le Premier ministre – Stephen Harper était parti à l’aéroport accueillir des pandas venus de Chine… – mais par des centaines de supporters, des sympathisants du mouvement Occupy, des écologistes, et par la gauche parlementaire.

 […]

Au menu des revendications : la révocation de la nouvelle loi qui laisse le champ libre à l’exploitation des ressources naturelles, l’adoption d’un système électoral à la proportionnelle au niveau fédéral, la mise en œuvre au niveau canadien de la déclaration onusienne des droits des peuples autochtones… et une enquête nationale sur les meurtres et disparitions des femmes autochtones. L’été sera rouge, avec une plume.

LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL DE EMMANUELLE WALTER SUR EUROPE SOLIDAIRE SANS FRONTIÈRE

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