La Mulâtresse SOLITUDE

La Mulâtresse SOLITUDE

La Mulâtresse SOLITUDE – Rebelle, 19e siècle -GUADELOUPE

Le 2 juin 1794, l’abolition de l’esclavage est décrétée à la Guadeloupe. La population de l’île  – blancs, libres de couleur, esclaves – connaît plusieurs années d’agitation politique intense, de soulèvements, de conflits et d’incertitude mais elle fait aussi l’expérience du débat politique et de la liberté.
Le 18 novembre 1801, Napoléon décide d’envoyer des troupes rétablir l’ordre colonial. En mai 1802, les troupes napoléoniennes fortes de 3 500 hommes et commandées par le général Richepance débarquent en Guadeloupe. Le 10 mai 1802, l’officier de l’armée Louis Delgrès justifie la résistance armée dans une proclamation rédigée par un blanc créole de la Martinique. En introduction, la proclamation rappelle les principes des Lumières, « C’est dans les plus beaux jours d’un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie qu’une classe d’infortunés qu’on veut anéantir se voit obligée de lever la voix vers la postérité, pour lui faire connaître lorsqu’elle aura disparu, son innocence et ses malheurs ». Delgrès y réaffirme sa loyauté à la patrie française et en appelle au sentiment de justice de Bonaparte « Et vous, Premier consul de la République, vous, guerrier philosophe de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut-il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d’où partent les conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer ! Ah ! sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence, mais il ne sera plus temps et des pervers auront déjà profité des calomnies qu’ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine ». Il reprend le principe de la Révolution, « La résistance à l’oppression est un droit naturel.
La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause ; elle est celle de la justice et de l’humanité : nous ne la souillerons pas par l’ombre même du crime ».
Lors de combats sanglants, les chefs de la résistance, Ignace, Delgrès, Massoteau, sont tués. Dans une dernière lettre, Delgrès s’écrie « Vive Bonaparte ! Vivre libres ou mourir ! »

Dans un roman paru en 1972, l’écrivain André Schwartz-Bart a fait revivre la Mulâtresse Solitude, devenue depuis une figure emblématique de la rébellion de 1802. Au-delà du personnage fictif, c’est un témoignage oral transmis à l’historien Lacour qui a fait connaître cette femme dont on ignore s’il s’agissait d’une esclave ou d’une Libre de couleur. Venue de Pointe-à-Pitre rejoindre les rebelles, elle est faite prisonnière lors de l’attaque du camp de Palerme par le général Gobert, le 23 mai 1802. Elle est condamnée à mort, mais étant enceinte, elle sera suppliciée après la naissance de son enfant, le 29 novembre 1802.
D’autres femmes participent à la rébellion. Parmi elles, la mulâtresse Marthe Rose dite Toto, présentée par l’historien Lacour, comme la compagne de Delgrès. Elle serait née à Sainte-Lucie, à la Soufrière vers 1762, île où Delgrès a combattu en 1795-1796. Elle était Libre de couleur avant l’abolition de 1794.
Le tribunal colonial spécial de Basse-Terre la juge le 2 octobre 1802. Présente au fort Saint-Charles, elle aurait poussé les rebelles à fusiller des Blancs qui y étaient détenus. Selon Lacour, elle n’aurait pu accompagner Delgrès à Matouba car blessée à la jambe. Condamnée à mort le 2 octobre 1802, elle est portée au supplice sur un brancard et s’écrie alors que le bourreau lui met la corde au cou : «Des hommes, après avoir tué leur roi ont quitté leur pays pour venir dans le nôtre porter le trouble et la confusion : que Dieu les juge».
Avec l’écrasement de la résistance, l’esclavage est rétabli en Guadeloupe. Il est définitivement aboli le 27 mai 1848 sous la pression des esclaves qui refusent d’attendre l’arrivée des commissaires de la Seconde République chargés de faire appliquer le décret du 27 avril 1848 dans les colonies. 87000 esclaves deviennent citoyens.

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DIX FEMMES PUISSANTES
PORTRAITS DE FEMMES EN LUTTE CONTRE L’ESCLAVAGE COLONIAL
10 mai – 15 septembre 2013
Parvis du Mémorial de l’abolition de l’esclavage – Nantes

ATTENTION CE BLOG DÉMÉNAGE À CETTE ADRESSE :
frederic.baylot.org

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