D’où vient le mot moine ?

moinezen

J’entends souvent dire que le mot français « moine » vient du grec monos qui signifie « seul » et que le monachisme chrétien a pour impératif de se retirer de la société et de vivre seul afin de se rapprocher de Dieu. Je ne suis pas d’accord avec cette définition de monos ni cette approche du moine chrétien. Pour autant je comprends tout à fait que les moines bouddhistes se posent la question de l’appellation moine.Il me semble qu’il est bon de s’approcher mieux de ce qu’est réellement un moine chrétien.

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Le terme monos ne signifie pas seulement « seul », il signifie aussi « un » et « unifié » et cela se transporte sur le mot grec monachos (prononcer monakhos) qui est à l’origine du mot moine. Et c’est quelque chose qui est parfois repris aujourd’hui par des moines zen : « Qu’entendons-nous par monastère ou centre zen ? Le mot monastère fait penser aux moines, à l’ascèse d’une vie religieuse. Et dès l’instant où nous posons l’idée de moine, nous opposons l’idée de laïc, de vie sociale. Mais les mots moine, monastère ont pour origine le mot grec « monachos » qui signifie « un, unifié ». Un moine est un être qui aspire à l’unification parfaite du corps et de l’esprit, et cela, indépendamment de ses conditions extérieures de vie ! Le moine, la nonne sont des êtres simples. Mais rien n’est plus difficile que l’accès à la simplicité profonde. »

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Aujourd’hui on appelle globalement du terme de « religieux » ou « religieuses » les hommes et les femmes qui se consacrent totalement à Dieu par des voeux qui rentrent dans un certain cadre officiel, on emploie souvent ce terme pour les distinguer du « clergé » et des « laïcs ». Je pense qu’on peut distinguer aujourd’hui principalement trois termes :

– Les moines et moniales au sens strict : Bénédictins, Trappistes, Camaldules, Cisterciens…

– Les « frères » ou « sœurs » des communautés qui sont plus directement en rapport avec le monde comme par exemple les Dominicains ou les Franciscains (eux ne s’appellent ni moines ni moniales) ;

– les ermites qui sont souvent des moines (bénédictins ou autres) qui ont choisi de vivre essentiellement dans la solitude, soit retirés dans un endroit relativement désert, soit retirés dans une petite maison au fond d’un parc appartenant à d’autres religieux. Voici deux exemples. De nombreuses personnes ont connu le Père Déchanet (1906-1992), bénédictin qui pratiquait le yoga : il a vécu longtemps comme ermite dans un ermitage du Valjouffrey avec l’autorisation de ses supérieurs. Aujourd’hui le frère Réginald Stoffel vit en ermite au fond d’un parc à Versailles et pratique la méditation zen. Ces ermites ne sont d’ailleurs pas coupés du monde : par exemple le Père Déchanet recevait chaque été de nombreuses personnes, Réginald Stoffel anime un groupe de zazen.

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Deux films ont récemment mis en scène des moines dont on voit bien qu’ils ne sont pas solitaires :

– « Le grand silence » un film de 2006 qui montre la vie des moines dans un monastère chartreux, une vie très retirée ; on peut en voir un extrait là : http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-grand-silence-124190

– « Des hommes et des dieux » Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Ce film s’inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.

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Monachos n’est pas une seule fois dans la Septante ( traduction grecque de l’Ancien Testament réalisée vers 270 avant JC) ni dans le Nouveau Testament.

Monachos se trouve pour la 1ère fois dans la littérature chrétienne dans les années 150 : dans trois logia (paroles) de Jésus de l’évangile de Thomas.

Monachos est utilisé au IIe siècle par des traducteurs grecs de l’Ancien Testament pour traduire le mot yahid, mais ce mot est aussi traduit par d’autres mots grecs. En particulier la Septante, dans le verset 7 du psaume 68, traduit le pluriel de yahid par le mot monotropous qui désigne « ceux qui n’ont qu’une seule direction ».

Le monachisme, né surtout en milieu grec fin du IIIe siècle, début du IVe siècle après les persécutions, a utilisé très tôt le mot monachos, « moine » pour désigner l’ascète qui vit seul, à l’écart du monde, même si parfois ces solitaires se regroupent en petites communautés. Saint Antoine (251-356) est considéré comme le père de tous les moines chrétiens. Par contre, les trois premières règles monastiques cénobitiques (de vie en communauté), celles de Pacôme (292-346) qui écrit en copte, Basile, Augustin, refusent ce mot : le cénobite vit avec d’autres, il n’est pas seul, il n’est pas solitaire, il n’est pas moine. Mais le mot monastère désigne déjà leur maison. Basile qui est un anti-ermite farouche, va même jusqu’à dire dans sa règle : « L’homme n’est pas un animal monastique ». Dans aucune de ces règles on ne trouve le mot : « moine », mais on parle de « frères ». Ce n’est que par la suite que le mot « moine » a désigné le cénobite, en particulier c’est Jérôme qui aurait traduit en latin la règle de Pacôme vers 404 en traduisant le terme de « frère » par « monachus ». Le monachisme féminin a suivi de peu le monachisme masculin puisque Marie, sœur de Pacôme fonde une communauté en 340.

Lire l’article intégral de Christiane Marmèche sur Ateliers d’étude du Shôbôgenzô

 

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