Les auteurs de BD ne sont plus respectés.

Broussaille-1

Mon souhait de départ était de devenir dessinateur de BD. C’est un rêve d’adolescent. Mais par la force des choses et surtout à cause de mes envies artistiques, je me suis laissé entrainer dans des projets de plus en plus éloignés de ce médium.

Aujourd’hui, le marché de la BD ne se porte pas bien, même si le lecteur a l’impression du contraire à cause de la pléthore d’albums publiés chaque année.
Du côté des auteurs, il y a plein de signes qui montrent que nous allons vers de gros problèmes. Enfin, les relations entre auteurs et éditeurs sont de plus en plus difficiles, voire exécrables ! En tant qu’auteur, il devient donc important de se diversifier, en exposant à l’occasion de manifestations qui tendent vers les Beaux-arts, comme la BRAFA par exemple.
Finalement, tout cela n’est qu’une question d’étiquette, la BD ou les Beaux-arts. On peut s’inscrire dans un certain contexte mais rester authentique dans sa démarche artistique, sinon cela n’a aucun sens ! Ce sont les autres qui mettent des étiquettes. Et puis, il y a la réalité économique. Il y a de plus en plus de ventes d’originaux. C’est une démarche qui rejoint l’art contemporain, lequel fait les beaux yeux à la BD avec des expos comme « Quelques instants plus tard ».
C’était un projet pertinent. Tout le monde a joué le jeu et cela a produit des fruits. Il y a une sorte d’éclatement qui se passe dans ce milieu et cela me plaît ! C’est une démarche que j’ai toujours encouragée à travers ma carrière mais pour autant, j’aime toujours la BD ! D’ailleurs, j’avais hâte d’y revenir. J’ai un Spirou sur le feu, ainsi que d’autres projets.

Ces derniers mois, la maison Casterman a fait l’actualité suite au rachat de sa maison-mère, Flammarion par Gallimard. Cela ne m’inspire rien de bon. Il y a un regroupement généralisé des éditeurs de BD qui deviennent des grands groupes et cela, c’est toujours mauvais ! Pourquoi ? Parce que ces groupes deviennent tellement puissants qu’ils ne peuvent plus avoir qu’une logique financière. Bien sûr, la BD est un marché et c’est important d’avoir une logique financière, mais ne voir que cela est, pour moi, le chemin le plus droit vers la tombe !
La BD, c’est avant tout une relation privilégiée avec un éditeur qui va sentir les choses. Il ne va pas se laisser guider par la loi du marché, il va sélectionner un projet qualitatif et l’accompagner ; il va croire en ce projet, dialoguer, le défendre sur le long terme. Aujourd’hui, tout cela ne se fait plus ou plus assez. Ils nous font croire que c’est toujours comme cela, mais cela n’est pas vrai, car la logique financière est tellement forte que les éditeurs ont démissionné de leur rôle premier et ils ne le voient même pas eux-mêmes !
Dans la profession, les auteurs sont unanimes pour dire qu’ils ne sont plus respectés ! Normalement, nous devrions avoir un partenariat 50/50 avec les éditeurs. Au lieu de cela, nous sommes passés à une relation de gros dominants à esclaves ! Ce n’est pas comme cela que l’on peut bien faire notre métier, désolé ! Tous ceux qui le peuvent vont chercher des solutions ailleurs. Pendant ce temps, les gros éditeurs vont se retrouver avec tous les petits jeunes, qui sont prêts à jouer les esclaves, le temps de quelques titres, pour deux francs six sous. Ils feront cinq pages de BD par jour mais au final, cela donnera quoi ? Je ne suis pas trop sûr que cela va passionner le public, surtout que les jeunes auteurs n’auront pas le temps d’apprendre à dessiner des BD. Ils n’auront pas le temps d’apprendre leur métier de scénariste. Par contre, dans le numérique, il peut se passer des choses parce que c’est une relation beaucoup plus directe avec le public, c’est beaucoup plus vivant. C’est la nouvelle génération. Les éditeurs n’ont pas vu venir le coup et ils ne veulent pas y aller.

Investir, ce n’est pas demander directement la rentabilité. Investir, c’est développer quelque chose de neuf. Cela, je ne le vois nulle part. Ils disent tous qu’ils investiront le numérique quand cela marchera, mais en attendant, dès qu’une chose ne marche pas, ils reculent. Encore une fois, ce sont des logiques financières et non des logiques de création.
Donc, je pense que la place sera prise par d’autres. Des petits éditeurs, des jeunes, etc. C’est important d’investir dans la jeunesse car c’est elle qui va comprendre comment on peut exploiter tous ces nouveaux outils et comment renouveler la création. Mais ce n’est déjà plus pour moi !

LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL SUR ACTUA BD

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