ATTENTION : Les imposteurs sont au pouvoir !

coppe-fillion

 […] Virtuoses des apparences, éponges des valeurs de leur temps, les imposteurs vivent à crédit – celui que les autres leur accordent.

Ces caméléons nous abusent volontiers par leur apparence «normale». A en croire le psychanalyste Roland Gori, qui vient de publier un essai salvateur, la Fabrique des imposteurs, c’est d’ailleurs dans cette «normalité» que se cache leur vice. A la fois conformiste et opportuniste, l’imposteur se coule toujours dans le moule pour mieux duper son monde. C’est […] un pur produit de la culture de l’Audimat qui vibre au rythme des sondages et des secousses de l’opinion. Quand l’intérêt individuel supplante le souci général, quand les apparences l’emportent sur le fond, la performance sur le sens, la réputation sur le travail, la popularité sur le mérite, l’opinion sur les valeurs, alors le terreau est prêt pour que les imposteurs nous gouvernent. C’est Harlem Désir, désigné par un simulacre d’élection à la tête du PS. C’est Copé et Fillon qui se disputent avec obscénité une présidence : le premier s’autoproclamant vainqueur avant même que les résultats ne soient tombés ; le second se plaçant toujours dans le sens du vent, séguiniste sous Séguin, balladurien sous Balladur, chiraquien, puis sarkozyste. Et jusqu’au chef de l’Etat qui – magnifique posture, magistrale imposture – se prétend «normal»… «Le président « normal », c’est totalement antipolitique ! s’exclame Roland Gori. Le principe même de la politique, c’est de se distinguer d’une police des normes.» Car il est impossible d’innover sans s’extraire des normes du passé, sans les faire évoluer. Surtout ne rien bousculer, tel est le premier impératif au pays de l’imposture.

L’imposteur sait qu’il est inutile de perdre son temps à réfléchir, à créer, à prendre des risques. Sur quels critères va-t-on m’évaluer ? Comment séduire ceux qui peuvent œuvrer à mon ascension ? Comment me mettre en scène ? Voilà les seules questions dont il se préoccupe. Peu importent la qualité ou la vertu qu’il lui faudra usurper à toutes fins utiles. Après tout, se dit-il, nul ne songe à vérifier l’authenticité de la plaque que le médecin accroche à sa porte. Personne non plus n’est allé sonder l’âme des associatifs «altruistes» de l’Arche de Zoé, prêts à organiser un trafic d’adoption d’enfants pour sauver des «orphelins» du Darfour qui n’étaient ni orphelins ni du Darfour. Parmi les valeurs en vogue, l’écologie est une aubaine pour les apprentis imposteurs.

La navigatrice Maud Fontenoy a sorti autant de livres qu’en compte la collection des «Martine» (Mon bébé écolo, Ma maison écolo, Mes vacances écolo…). Mais, dans la vraie vie, l’«ambassadrice des océans» ne crache pas sur un aller-retour express au Groenland pour poser devant les objectifs avec Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Environnement. L’empreinte carbone, quelle importance ? Comme d’autres, Maud Fontenoy s’est dégoté un combat ; et, surtout, elle a compris qu’il s’agissait de ne jamais quitter le feu des médias.

C’est avec le même opportunisme que Frigide Barjot, la joyeuse fêtarde touchée par la foi dans les années 2000, a enfourché la cause porteuse du moment pour s’opposer avec fracas à la loi sur le mariage homosexuel. Peu importe si, en 2007, la nouvelle égérie catho(dique) célébrait avec enthousiasme, dans une boîte de nuit parisienne, le mariage symbolique de l’élu PS Jean-Luc Romero et de son compagnon. Le faire-part de l’union «pour le meilleur et pour le rire, pour l’amour et l’humour», signé entre autres par la Barjot, fait aujourd’hui la joie des réseaux sociaux.

Dans un autre registre, Charles Beigbeder, ex-patron à succès (Selftrade, Poweo), a lui aussi les convictions à géométrie variable. Sur le site Web du «Pacte pour la France» qu’il promeut, il se flatte depuis quinze ans d’avoir développé «des entreprises qui créent des emplois». Vite dit ! La dernière en date, Happytime, qui salariait 36 personnes, a été liquidée l’été dernier, entraînant dans sa chute son prestataire informatique, CincoSenso. «La soudaineté de cette liquidation et l’absence d’informations sur la mauvaise santé de Happytime ne nous ont pas permis de nous retourner», regrette Stéphane Degonde, le cofondateur de cette PME à laquelle Beigbeder a laissé une ardoise de 212 000 e. Recasé au bureau politique de l’UMP, l’intéressé continue pourtant de donner des leçons d’entreprenariat à la France…

 […] Quand la télévision, ou la presse écrite, se penche sur les tendances de la restauration, Bernard Boutboul sort ses chiffres, issus d’enquêtes forcément confidentielles, et donc invérifiables. Or, cet «expert» qui se félicite avec bagout de la constante amélioration de la qualité de la restauration rapide est tout sauf neutre. Sa société, Gira Conseil, vend en effet ses conseils marketing aux marques dont il vante les progrès, notamment Cojean, Exqi et… McDonald’s !

A l’autre extrémité de la chaîne alimentaire, Pierre Dukan s’est imposé comme gourou des régimes en faisant avaler du surimi et des galettes de son d’avoine à ses millions d’adeptes. Le terrible effet rebond de la recette «miracle» et les risques qu’elle entraîne sur la santé n’ont pas empêché le médecin de s’enrichir en vendant des millions de livres et de produits estampillés de son nom. Commercialiser sa signature, tel est également le business model de Ben, artiste à prétention autrefois subversive, proche d’Yves Klein et de Combas, qui rackette aujourd’hui les lycéens en signant posters, tee-shirts, trousses ou cahiers. Une démarche symptomatique de l’imposture artistique contemporaine qu’il justifie sans détour en affirmant : «Je crois que l’art est dans l’intention et qu’il suffit de signer. Je signe donc : les trous, les boîtes mystères, les coups de pied, Dieu, les poules, etc.»

Dès 1967, Guy Debord dénonçait la société du spectacle* – bien avant l’invention de Facebook, Twitter ou des chaîne tout-info ! Soumises à cet impératif étrange qui consiste à «tenir l’antenne» vingt-quatre heures sur vingt-quatre, BFM, iTélé et consorts nourrissent quelques belles impostures. Pendant l’affaire Merah, en mars 2012, les dizaines de reporters postés devant l’immeuble de l’assassin en embuscade ont arraché aux téléspectateurs des commentaires excédés ou compatissants : trente-deux heures de direct sans savoir quoi raconter, admirez l’exploit.

 […] Pourquoi s’en plaindre quand tous, ou presque, nous nous rendons complices de ce phénomène ? L’imposteur, pour prospérer, a en effet besoin d’un public. Et, plus le public est en situation de vulnérabilité, sociale ou psychique, plus il se montre disposé à suivre ces maîtres usurpateurs. Entre toutes, les situations de crise sont de formidables occasions de voir émerger des experts de la vie quotidienne et professionnelle. Ce sont par exemple les «consultants» appelés à la rescousse par les dirigeants d’entreprise qui pataugent, pour analyser les raisons du naufrage et émettre des recommandations de remise «aux normes». Ce sont aussi les coachs, le non-métier par excellence, obligés d’emprunter un mot à l’anglais pour se donner un contour.

Grâce à eux, on peut espérer apprendre à «gérer» ses émotions, un deuil, son stress, son collègue psychopathe, les conflits… de la même façon que l’on gère ses comptes. «Il ne s’agit pas de dénigrer la pratique de ces gens, car mieux vaut un bon coach qu’un mauvais psy, nuance Roland Gori. Mais le coach, c’est l’introduction du paradigme de l’entreprise dans tous les domaines.» Y compris dans un domaine qui, entre tous, devrait résister à la rationalisation : celui du sentiment amoureux.  […]

Au prix de cet abyssal déficit de sens, véritable mal du siècle qui paralyse nos sociétés, l’imposture a fini par exercer une tyrannie qui nous gangrène. Seuls l’ambition de la culture, le doute salutaire et l’audace de la liberté partagée peuvent nous permettre de recréer l’avenir.

LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL DE ELODIE EMERY SUR MARIANNE

4 commentaires

  1. Nous vivons dans une société de snobs. Avoir un président normal c’est s’enferrer un peu plus dans la médiocrité. J’ai suivi les manifestatons anti-mariage gay et j’ai trouvé l’attitude de Frigide Barjot pathétique, elle fait la prude, alors qu’elle vient de la société parisienne bourgeoise bohéme et qu’elle participait à des soirées « privées » plus que sulfureuses dans des clubs gays. Bref, on marche sur la tête et on nous prend pour des imbéciles. Les médias nous manipulent. Comme vous l’avez dit vous-mêmes aujourd’hui, il faut défendre sa cause, c’est la mode. J’ai vu que durant la manifestation contre le mariage pour tous certains évoquaient même une possible révolution. Les journalistes faisaient monter la sauce. Je ne lis plus que les journaux et j’évite soigneusement la télévision.

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