L’année du centenaire Aimé Césaire

Aimé-Césaire

Le Parti progressiste martiniquais (PPM) a donné, à Fort-de-France (Martinique), le coup d’envoi de l' »année du centenaire Aimé Césaire »

L’ancien réservoir de Trénelle, siège du parti fondé en mars 1957 par Aimé Césaire, après sa « lettre à Maurice Thorez » et son départ du Parti communiste français, avait pris l’allure de musée pour la circonstance avec l’exposition de photos retraçant l’itinéraire politique et littéraire du poète martiniquais.

Là, Césaire avec De Gaulle, Malraux ou encore Mitterrand. Plus loin, Césaire avec Léopold Sédar Senghor, chantre avec lui du mouvement de la Négritude.

Dans un décor végétal fait de fleurs de balisier (emblème du PPM), de conques de lambis (clin d’oeil à l’univers marin de la poésie de Césaire) et placés près d’un « tanbou bèlè », évocateur de rythmes et de musique martiniquaise, plusieurs ouvrages d’Aimé Césaire étaient exposés dont le célébrissime « Cahier d’un retour au pays natal ».

Le « texte le plus magistral » du poète Césaire, affirme Serge Letchimy, président du PPM. « On ne peut pas être un militant du Parti progressiste si l’on n’a pas lu et relu, et sans s’être laissé pénétrer de la pensée de Césaire », a-t-il insisté devant plus d’une centaine d’invités au premier rang desquels de vieux compagnons de route du poète.

« Il ne s’agit pas d’un discours banal mais d’une grande fresque poétique avec son rythme, le rythme du tambour et de la danse africaine », a décrit le député martiniquais. « On y trouve tout. On y trouve les rites religieux d’Haïti, les rites religieux d’Afrique et d’ici », a ajouté le successeur d’Aimé Césaire à la mairie de Fort-de-France, qu’il dirigea pendant 56 ans.

 […] Plusieurs rendez-vous vont ponctuer cette année d’hommage. Serge Letchimy évoqué des manifestations dans l’enceinte de l’Assemblée nationale où Césaire fut député à partir de 1946 et pendant près de cinq décennies.

Le ministre des Outre-mer Victorin Lurel avait déjà annoncé que le prochain Salon du Livre à Paris serait l’occasion d’un hommage au grand homme. Césaire a déjà eu droit à un hommage solennel au Panthéon en 2011, année des outre-mer, trois ans après sa mort.

Sur ses terres antillaises, la 1ère biennale de l’art et le premier salon du livre de l’île lui seront tous deux dédiés. Le PPM entend aussi organiser un rendez-vous mensuel. Février permettra de découvrir le maire bâtisseur de Fort-de-France et la « fraternité politique » de Césaire et de Pierre Aliker, qui fut longtemps son premier adjoint à la mairie.

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…Partir.

Mon cœur bruissait de générosités emphatiques.

Partir

j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et

je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair :

« J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte…

Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai».

Et je lui dirais encore :

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche,

ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :

« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme,

gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur,

car la vie n’est pas un spectacle,

car une mer de douleurs n’est pas un proscenium,

car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse… »

Et voici que je suis venu ! …

… Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

que je n’entende ni les rires ni les cris, les yeux fixés

sur cette ville que je prophétise, belle,

donnez-moi la foi du sauvage du sorcier

donnez à mes mains puissance de modeler

donner à mon âme la trempe de l’épée

je ne me dérobe point.

Faites de ma tête une tête de proue

et de moi-même mon cœur,

ne faites ni un père, ni un frère, ni un fils,

mais le père, mais le frère, mais le fils,

ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

comme le poing à l’allongée du bras!

Faites-moi commissaire de son sang

faites-moi dépositaire de son ressentiment

faites de moi un homme de terminaison

faites de moi un homme d’initiation

faites de moi un homme de recueillement

mais faites aussi de moi un homme d’ensemencement

faites de moi l’exécuteur de ces œuvres hautes

voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme

Mais les faisant, non cœur, préservez-moi de toute haine

ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n’ai que haine

car pour me cantonner en cette unique race

vous savez pourtant mon amour tyrannique

vous savez que ce n’est point par haine des autres races

que je m’exige bêcheur de cette unique race

que ce que je veux,

c’est pour la faim universelle

pour la soif universelle

la sommer libre enfin

de produire de son intimité close

la succulence de fruits.

Et voyez l’arbre de nos mains !

il tourne, pour tous, les blessures incises

en son tronc

pour tous le sol travaille

et griserie vers les branches de précipitation parfumée !

Mais avant d’aborder aux futurs vergers

donnez-moi de les mériter sur leur ceinture de mer

donnez-moi mon cœur en attendant le sol

donnez-moi sur l’océan stérile

mais où caresse la main la promesse de l’amure

donnez-moi sur cet océan divers

l’obstination de la fière pirogue

et sa vigueur marine…

… Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi,

les cheveux dans le vent,

ma main petite maintenant dans son poing énorme

et la force n’est pas en nous, mais au-dessus de nous,

dans une voix qui vrille la nuit

et l’audience comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique.

Et la voix prononce que l’Europe

nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,

car il n’est point vrai que l’oeuvre de l’homme est finie

que nous n’avons rien à faire au monde

que nous parasitons le monde qu’il suffit

que nous nous mettions au pas du monde

mais l’oeuvre de l’homme vient seulement de commencer

et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur

et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force

et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête

et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre

éclairant la parcelle qu’à fixée notre volonté seule

et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite… »

(Cahier d’un Retour au pays natal)

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