Un homme est mort

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Un homme est mort de Étienne Davodeau & Kris

Je n’aime pas trop Le format « poche » pour lire des BD, mais c’est une supebe idée qu’a eue Folio de rééditer la BD « Un homme est mort » de Davodeau et Kris,  en poche, puisse-t-elle ainsi encore plus circuler. Comme bien souvent, dans les album de Davodeau, la couleur participe au bonheur de la lecture. Des couleurs tristes comme l’ambiance d’une ville détruite, de la pénurie des produits quotidiens, mais de belles taches de lumières, comme le rouge sang des drapeaux, des cases en lavis noir ou sépia, quel talent pour rendre cette ambiance d’après guerre, de reconstruction et aussi de déceptions !

Etienne Davodeau  est né dans les Mauges (ce nom ne parlera qu’à ceux de la région ! 😉 ) mais disons que ce n’est pas loin de chez moi, mais ce n’est pas une raison suffisante pour aimer cet auteur 😉 . Mais ce qu’il fait est trop profondément humain pour me laisser indifférent, je ne pourrais vous citer que Lulu femme nue, en deux tomes, pourtant il y a aussi les « Mauvaises gens » (qui parle de sa région des MauGes) et d’autres comme : Rural !.

1950, cela ne fait que 5 ans que La guerre est finie. Comme toutes les « poches de l’atlantique », Brest sera lourdement bombardé. À la fin du conflit il ne subsiste plus rien de la ville, anéantie. Il faut tout reconstruire. Brest est un immense chantier. Des milliers d’ouvriers travaillent sur les chantiers. Ils sont hébergés dans des « baraques » qui , comme beaucoup de cités provisoires (on se rappelle 1954) restertont pour certaines jusqu’aux années 1970. « [Ils] bossent comme des chevaux pour un salaire de misère tandis que les patrons ramassent des millions à reconstruire leurs propres maisons, et [quand ils] gueulent, voilà [qu’on] leur tire dessus. » Pour protester contre la misère et les conditions de travail, la grève éclate. C’est la grève générale, des chantiers à l’Arsenal en passant par les dockers. De violents affrontements surviennent lors des manifestations. Le 17 avril 1950, le drame se produit. La police tire À BALLES RÉELLES sur la foule, blessant plus de vingt personnes et tuant un homme : Édouard Mazé. La guerre est finie depuis seulement cinq ans, « [la police on ne l’a pas beaucoup] vue contre les nazis, mais quand il s’agit de taper sur des ouvriers français désarmés, là, ils se lèvent tous ! Édouard, lui, et toute sa famille, ils se sont battus pendant la guerre. Son père et son frère ont même été internés et voilà comment la république le remercie. »

Le lendemain, appelé par la CGT pour tourner un film sur le mouvement, René Vautier débarque clandestinement à Brest (il est alors recherché par la police suite à un premier film documentaire, Afrique 50, témoignage sans concessions du système colonial français d’après guerre, il réalisera ensuite « Avoir 20 ans dans les Aurès », Grand prix de la critique internationale à Cannes en 1972).

Tout en s’attachant à la véracité des évènements, ce livre est un témoignage émouvant, un hommage qui respecte la paroles des témoins, Kris et Étienne privilégient l’émotion et nous redonnent de l’espoir en l’humain quand il cherche, solidairement, à reprendre en main son destin. On suit le parcours de Vautier sur le tournage de ce film sur les chantiers mais aussi durant les projections aux ouvriers en grève.

À la suite de la BD, un dossier donne le contexte des événements évoqués dans la BD, AVEC DES témoignageS, DES PHOTOS ET UNE biographie du cinéaste militant René Vautier.

Et toujours présent, durant toute l’histoire, le commentaire du film : un poème de Paul Eluard « Au rendez-vous allemand ». ÉCRIT en hommage au résistant Gabriel Péri, IL FUT adapté à la mémoire d’Edouard Mazé.

« Un homme est mort »

Un homme est mort qui n’avait pour défense

Que ses bras ouverts à la vie

Un homme est mort qui n’avait d’autre route

Que celle où l’on hait les fusils

Un homme est mort qui continue la lutte

Contre la mort contre l’oubli.

Car tout ce qu’il voulait

Nous le voulions aussi

Nous le voulons aujourd’hui

Que le bonheur soit la lumière

Au fond des yeux au fond du cœur

Et la justice sur la terre.

Il y a des mots qui font vivre

Et ce sont des mots innocents

Le mot chaleur le mot confiance

Amour justice et le mot liberté

Le mot enfant et le mot gentillesse

Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits

Le mot courage et le mot découvrir

Et le mot frère et le mot camarade

Et certains noms de pays de villages

Et certains noms de femmes et d’amis

Ajoutons-y Mazé

Mazé est mort pour ce qui nous fait vivre

Tutoyons-le sa poitrine est trouée

Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux

Tutoyons-nous son espoir est vivant.

Au rendez-vous allemand, Paul Eluard (1941)

 Un livre de cette qualité graphique, historique, émotionnelle à moins de 8 euros, cela ne se refuse pas, cela s’offre !

Un homme est mort de Étienne Davodeau & Kris

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