Une lecture zen

Quand on commence à longer la Voie du Bouddha se pose la question de « que lire » ?

Souvent on y arrive par des lectures détournées, parfois même des livres très approximatifs voir farfelus. Combien de ma génération ne se sont-ils pas intéressés au bouddhisme après avoir lu les livres de Lobsang Rampa  ou de la Vie des Maîtres , il n’y a donc pas de généralités à faire ou de jugement à porter sur le niveau des livres de vulgarisation ou d’auteurs populaires. Mais en même temps si nous prenons la résolution d’étudier la Voie de la Grandeur (Mahayana) et de la méditer à fond, nous prenons conscience que n’avons pas de temps à perdre à nous disperser, alors pourquoi se tourner vers des textes de néophytes voir de profanes ? Dôgen disait « Ils entrent depuis les ténèbres dans les ténèbres ! N’ayant rien quoi s’appuyer, ils prêchent la Voie au hasard. »

Il existe de très bons livres écrits par des enseignants zen réputés (pour la voie du zen) comme Deshimaru, Suzuki, Brosse, Rommeluère, ou dans le tantrayana des auteurs comme Chogyam Trungpa , ces livres permettent d’ancrer notre pratique, d’entrer plus profondément dans la compréhension de cette Voie.

Mais quand j’ai moi-même demandé que lire à un moment sur le sentier de l’Éveil, la réponse qui m’a été faite en son temps fut la même que celle que faisait Dôgen : « C’est toujours en gardant et transmettant les sûtras bouddhiques qu’un étudiant de la Voie, même le moindre, doit devenir un enfant de l’Éveillé. »

Mais dès qu’on aborde les sûtras on peut être assez décontenancé par ces textes qui sont soit abscons soit excentriques dans leurs descriptions. La question qui se pose est « comment lire ces sûtras » ?

Toujours Dôgen, nous dit : « Si on appelle la lecture des sûtras la « lecture des sûtras », on la souille, si l’on ne l’appelle pas la « lecture des sûtras », on la trahit. On ne l’obtient donc pas avec le mot ; on ne l’obtient pas non plus sans mot. Que dire alors ? Répondez vite, répondez vite ! ». On aimerait avoir la réponse en effet, mais l’interrogation nous oblige à faire preuve de créativité pour lire ces textes. Des auteurs comme Eric Rommeluère et Roger-Pol Droit nous donnent des pistes de lecture. Ce dernier écrit : « Le discours du Bouddha ne vise pas la vérité mais le salut. Le Bouddha n’enseigne ni l’agréable ni le vrai en général, mais seulement ce qui est utile sur le chemin conduisant au nirvâna. Le discours du Bouddha ne se plie pas à l’ordre du concept, qui toujours implique une prise. Sa singularité est de se déployer tout entier sur la rive à quitter -celle de l’illusion, du désir, de l’attachement, de la souffrance- et pour la quitter, mais sans rien pouvoir dire de l’autre rive, strictement ineffable et non représentable. » L’ami Henri répondait récemment à une autre personne « il faut lire et méditer » ce que rappelle Roger-Pol Droit : « La sapience (prajnâ) et l’activité intellectuelle qu’elle implique sont indissociables de la méditation et du recueillement (dhyâna). » en effet la lecture des sûtras ne peut être qu’intellectuelle car « Le langage n’est pas seulement déficient, au sens où il apparaît foncièrement inapte à exprimer le réel, il génère, inévitablement, illusion et ignorance. » Toujours pour suivre ce même auteur nous dirons que «  Seul le silence est vrai. Et la sapience ne culmine pas dans un savoir, mais dans la « compréhension » qu’il n’y a rien à savoir ni à comprendre. »

Par quel sûtra commencer ? Dôgen énonce que tous sont des accès à la Voie, il y a ceux du Mahayana et il y a ceux du Hinayana, mais tous sont également les ustensiles de la grande Voie. En fait aussi nombreux qu’ils soient, il nous prévient que nous n’avons pas à comprendre quatre-vingt mille sûtras !

On peut voir que les maîtres anciens du zen s’éveillèrent par la nature. Reiun Shikin s’éveilla à la Voie en regardant les pêchers en pleine floraison ; Kyôgen Shikan s’éveilla à la Voie en entendant la voix d’un bambou qui claquait ; de même Shâkyamouni s’éveilla à la Voie en regardant l’étoile du matin. Car finalement ce qui est appelé « les sûtras » n’est autre que cet univers entier des dix directions. C’est avec les montagnes, les fleuves et la grande terre que les Patriarches reçoivent les sûtras et qu’ils prêchent les sûtras ; c’est avec le soleil, la lune et les étoiles qu’ils reçoivent les sûtras. Et toujours Dôgen nous dit d’étudier les sûtras et leur sens profond auprès des montagnes et des mers, et faites-en la norme de votre pratique de la Voie. Il s’agit de faire réellement de sa vie un sûtra comme les amis de bien (les maîtres zen) font des sûtras la terre du royaume, leurs corps et cœur, leur pratique assise (zazen), leur coucher et leur marche en silence (kinhin). En assimilant les sûtras, « Les sûtras nous assimilent en nous-mêmes (nous transforment) ».

Texte inspiré (et citations tirées) du Bukkyô du Shôbôgenzô, la vraie loi, trésor de l’oeil de Dôgen.  et du « Silence du Bouddha » de Roger-Pol Droit

15 commentaires

  1. En complément de mon premier commentaire, voici ce que je pense de ce qu’il faut lire :
    Je suis très réticent sur tout ce qui peut apparaître comme du « New Age », c’est souvent un mélange de texte classique mal digérés et d’avis de « gourous » un peu barrés.
    Pour moi les auteurs ou livres qui m’ont marqués (en plus de ceux que tu as signalé) sont :
    Thich Nhat Hann, Dainin Katagiri, tous les soutras de la collection trésors du bouddhisme chez fayard, les contes zen d’Henri Bunuel., Seung Sahn.

    Gasshô – Henri

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  2. PEUT ÊTRE que les livres viennent à nous tous seuls, les blogs aussi et qu’il suffit de buitner !
    Moi aussi en quête de pouvoir, j’ai lu les Lobsang Rampa et La Vie des Maîtres mais les premiers livres qui m’ont ouvert l’esprit furent Siddharta de Hermann Hesse et le matérialisme spirituel de Ch Trungpa puis R Suzuki « esprit zen esprit neuf »…

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    1. Bonjour Daniel,

      Merci de me rappeler ce livre de Hermann Hesse, J’avis complètement oublié que c’était le premier livre qui m’a inspirer… il y a maintenant très longtemps 😉

      Gasshô – Henri

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  3. Dôgen?Je suis allé me prosterner devant ses cendres à Eiheiji, alors…oui à Dôgen pour la règle ! A présent je préfère un esprit zen plus débridé, aujourd’hui on en a vraiment besoin ; et là, il n’y a que Zazen qui me répond d’où la naissance de mon blog !

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    1. Tout est débridé et sans limite actuellement , où à l’inverse tout doit être limité. ON voit cela en politique, en religion. C’est pourquoi il me semble important de réfléchir aux limites, en accepter, toujours réfléchir, savoir parler de ce que l’on vit.
      La « folle sagesse » implique déjà la sagesse 😆
      chaleureusement

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  4. Ton texte est intéressant. Tu sites les bonnes pistes.
    L’intuition et la compassion, sont fortement développées par le zazen, elles proviennent du cerveau profond et du coeur pas très bien décrit dans les sutras (attention juste, effort juste?). Si on étudie trop les sutras on se perd dans la rationalisation dans la verbalisation.
    Certains disciples ont un besoin manifeste d’ouvrir leur coeur. Ils ont un aspect rigide comme le roc, froid comme la glace et n’acceptent que ce qui’l pense comme vérité. Il faut leur conseiller d’ouvrir leur coeur à ce moment là. Comment peuvent-ils trouver le chemin du coeur et de l’intuition quand ils n’acceptent ni la main tendue qui sauve, ni la main tendue qui demande ?

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    1. Oui en effet, je dirais même qu’ouvrir son coeur et ses mains, EST pour moi la pratique zen, la Voie du Bouddha. Que l’on soit « dur comme un roc » ou pas. L’excès d’intellectualisation, de retour sur soi, d’indifférence sont mis à mal par la pratique de zazen, pour autant qu’un « ami de bien » puisse mettre le doigt dessus, avec tendresse et précision, voir force et délicatesse, quand parfois on refuse de voir 😆

      chaleureusement

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