Première manifestation en automobile à Paris

Photo de presse publiée en Une du « Petit Parisien » du 21 janvier 1909

Le 20 janvier 1909, a lieu à Paris la première manifestation en automobile à l’initiative du « Comité de Défense Sociale » (CDS) pour protester contre la condamnation des deux chauffeurs anarchistes, Albert Jacquart et Maurice Girard; affaire liée à une bagarre avec un commissaire de police, le 15 juillet 1908, autour d’un placard antimilitariste affiché dans un restaurant coopératif. Les deux inculpés, défendus par René de Marmande seront lourdement condamnés suite à des accusations mensongères de la police. Le CDS organisa alors en liaison avec le syndicat des cochers et chauffeurs cette manifestation d’un nouveau type. Vingt cinq taxis-autos où avaient pris place des militants syndicalistes tenant en main des pancartes jaunes et vertes sur lesquelles on pouvait lire « Affaire Girard-Jacquart – une infamie judiciaire – Deux innocents condamnés » formèrent un cortège qui partant du quai des Tuilleries passa par la place de la Concorde, la Madeleine, l’Opéra et atteignit la place de la République. Les manifestants de leurs voitures distribuaient aux passants et jusqu’aux agents médusés des tracts explicatifs. Les autos feront le trajet en sens inverse, mais ne pourront poursuivre jusqu’au Quartier Latin où ils désiraient faire jonction avec les étudiants à la sortie des cours.
Les deux chauffeurs seront remis en liberté, une fois la fausseté de l’accusation reconnue, lors de l’audience du 3 février 1909.
A noter qu’une autre manifestation de ce type (en automobile) aura lieu cette même année à Paris, cette fois pour la défense de Francisco Ferrer.

MANIFESTATION EN AUTOMOBILES SUR LES GRANDS BOULEVARDS

Les Parisiens ont eu, hier, la primeur d’une manifestation originale organisée en faveur du chauffeur Girard, condamné, comme on sait, à un an de prison, pour avoir, le 15 juillet 1907, frappé M. Kien, commissaire de police. Or, nous l’avons déjà dit, avant comme après la confirmation du jugement par la cour d’appel, M. Girard n’a cessé de protester de son innocence. Le comité de Défense sociale, constitué au lendemain des incidents de Draveil-Vigneux, a pris sa cause en main et plusieurs meetings ont été tenus en faveur du condamné.

Hier, d’accord avec la chambre syndicale des cochers et chauffeurs, le comité de Défense sociale avait organisé une nouvelle manifestation. Dans une vingtaine de taxis-autos, mobilisés à cet effet, avaient pris place des militants syndicalistes, tenant, en mains d’immenses pancartes jaunes et vertes sur lesquelles se détachaient ces mots : Affaire Girard-Jacquart — une infamie judiciaire.

Le quai des Tuileries avait été choisi comme point de concentration et le secret de la manifestation avait été si bien gardé que, un peu avant deux heures de l’après-midi, M Touny, directeur de la police municipale, venant des Champs-Elysées, passa en voiture près des taxis en stationnement et ne parut point se douter de ce qui se tramait. Sur un signal, les autos se rejoignaient à l’entrée de la place de la Concorde, qu’elles traversaient en colonne, pour arriver jusqu’à la Madeleine après avoir remonté la rue Royale.

Les agents, surpris par ce défilé, mais n’ayant pas d’instructions, laissèrent passer les manifestants qui, de leurs voitures, distribuaient aux passants des imprimés relatant les phases du procès Girard-Jacquart.

Les gens se précipitaient au-devant des taxis pour recueillir ces documents, tirés à des milliers d’exemplaires. On vit des conducteurs d’omnibus arrêter leurs véhicules et, sur la demande des voyageurs, venir réclamer des paquets d’imprimés, qu’ils répartissaient a l’intérieur et sur l’impériale. Il n’est pas jusqu’aux gardiens de la paix qui, eux aussi, cédèrent à la curiosité et se laissèrent aller à prendre connaissance de l’appel à l’opinion publique.

Place de l’Opéra, la colonne se trouva un instant coupée, mais ta tête ayant ralenti sa marche le groupe se retrouva bientôt constitué et sans encombre défila jus-qu’à la place de la République. Les autos purent même revenir sur leurs pas et parvinrent jusqu’à la Madeleine. A l’aller comme au retour, les manifestants ont obtenu un vif succès de curiosité.

L’objectif des amis de Girard était d’arriver au Quartier Latin à la sortie des cours des facultés. Un certain nombre d’étudiants avaient, en effet, accepté de participer à ta manifestation en faveur du chauffeur Girard.

Mais, place de la Sorbonne, M. Fauvel, officier de paix, signifia aux syndicalistes les ordres qu’il avait reçus, leur déclara qu’il s’opposerait à une jonction avec les étudiants et les invita à faire demi-tour. La nuit commençait à tomber. La file des autos-taxis reprit, sans autre incident, le chemin de la rive droite, tout en achevant la distribution des formules de protestation contre la condamnation de Girard et de Jacquart.

Le Petit Parisien – 21 janvier 1909

Via L’ÉPHÉMÉRIDE ANARCHISTE et LES CÉNOBITES TRANQUILLES

Et vous qu'en pensez-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.