Les trois risques du bouddhisme occidental


VIA ZENDO FOL AR COAT

Voici les propos tenus par Jean-Marc Vivenza, (Nâgârjuna et la doctrine de la vacuité, Editions Albin Michel, 2001, 2e édition 2009, coll. Spiritualités vivantes), sur Baglis tv, lors d’une table ronde organisée autour du bouddhisme en occident.

Les risques encourus par le bouddhisme en Occident sont nombreux. Le plus grand risque à mon avis, et c’est celui qu’on rencontre immédiatement, c’est une approche du bouddhisme folklorique, ou un peu exotique … religion à la mode et phénomène placés entre les bâtonnets d’encens et le jardin de pierres à mettre à côté de la télévision. Cela me semble le premier risque, et c’est celui qui est le plus répandu aujourd’hui.

Le deuxième risque serait celui d’une importation du bouddhisme s’évitant le risque d’une réinterprétation. De la même manière qu’on a introduit Aristote au 13ème siècle à l’intérieur de la perspective de la métaphysique chrétienne, il faut introduire les grands penseurs bouddhistes à l’intérieur de la perspective métaphysique occidentale. D’ailleurs, si un terme peut me faire sursauter, c’est celui de distinguo, du point de vue de la pensée et de la métaphysique, entre occident et orient. C’est absurde, ça n’a pas de sens, il n’y a pas de penseurs orientaux ou de penseurs occidentaux. Il y a la métaphysique ou la philosophie, au sens universel du terme. Chaque fois que l’homme questionne, qu’il s’interroge sur ses origines, sa destination et sa situation actuelle, il est dans l’exercice de la pensée. Donc l’Inde pense, l’Asie pense, le Monde pense, il n’y a pas un domaine réservé de la pensée pour un petit cercle d’élite qui aurait accès au domaine du questionnement. C’est un risque invisible pour le bouddhisme de dire : « Ce sont des penseurs bouddhistes ». Non, ce sont les penseurs du patrimoine universel, de l’Humanité.

Le troisième de ces risques consiste à se cantonner dans une approche trop respectueuse du bouddhisme. Je ne dis pas qu’il ne faille pas protéger les éléments du patrimoine bouddhique menacés par des crises politiques, mais je crois qu’il faut que nous fassions attention, nous européens, dans notre regard vis à vis de ces structures, de ces institutions, qui sont fort respectables, fort dignes de grande vénération, eu égard à l’Histoire et à ce qu’elles représentent dans l’Histoire. Mais ce n’est pas notre histoire, et si nous nous rendons incapables d’en faire notre histoire, nous ne pourrons jamais incorporer la pensée qui est au coeur de la sagesse mise en oeuvre par le Bouddha dans le premier discours du Parc des Gazelles, mise en oeuvre avec la Roue de La Loi, si nous en restons à une attitude contemplative à l’égard des traditions du bouddhisme. Nous ne parviendrons alors jamais à pénétrer le sens intérieur, véritable, du bouddhisme. C’est peut-être le plus grand risque, et il faut être audacieux par rapport à cette pensée. Il faut oser l’appréhender, se l’accaparer, et intervenir sur elle pour se la réapproprier, parce qu’elle nous appartient au titre de l’Histoire générale. Elle n’est pas la propriété d’une zone géographique particulière, ni d’une histoire particulière, ni même de l’histoire du bouddhisme. Elle excède toutes les catégories.

Ces propos sont retranscris par VIA ZENDO FOL AR COAT , avec un minimum de réécriture

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