L’anarchisme

Etymologie

En se basant sur la racine grecque du mot « ἀναρχία » (« anarkhia »), composé du préfixe privatif an- (en grec αν, « sans », « privé de ») et du mot arkhê, (en grec αρχn, « origine », « principe », « pouvoir » ou « commandement » (1) ), on présente l’anarchie comme « l’absence de gouvernement » et l’anarchisme comme « l’idée qu’une société peut et doit s’organiser sans gouvernement ». (2) .

Rapprochements historiques

Pour de nombreux théoriciens de l’anarchisme, l’esprit libertaire remonte aux origines de l’humanité. À l’image des Inuits, des Pygmées, des Santals, des Tivs, des Piaroa ou des Merina, de nombreuses sociétés fonctionnent, parfois depuis des millénaires, sans autorité politique (État ou police) ou suivant des pratiques revendiquées par l’anarchisme comme l’autonomie, l’association volontaire, l’auto-organisation, l’aide mutuelle ou la démocratie directe. Les premières expressions d’une philosophie libertaire peuvent être trouvées dans le taoïsme et le bouddhisme. Au taoïsme, l’anarchisme emprunte le principe de non-interférence avec les flux des choses et de la nature, un idéal collectiviste et une critique de l’État ; au bouddhisme, l’individualisme libertaire, la recherche de l’accomplissement personnel et le rejet de la propriété privée. (1)

Définition

ANARCHISME. n.m. Philosophie politique qui, à partir d’une définition tripartite de la liberté et d’une conception spécifique de la nature humaine, offre une critique radicale des liens de domination hiérarchiques, un projet de société antiautoritaire et une stratégie de changement social basé sur l’action directe. (2)

Nous sommes bien donc, non pas dans une recherche du chaos, du désordre, d’anomie, où, in fine, le plus fort aurait le dessus sur le plus faible, mais devant un projet de société fondée sur la négation du principe d’autorité dans l’organisation sociale et où les individus coopèrent librement dans une dynamique d’autogestion. (1)

« L’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir », Proudhon

Fédéralisme

L’harmonie d’une société anarchiste est obtenue non par la soumission à la loi ou par l’obéissance à une quelconque autorité, mais par de libres accords conclus entre des groupes nombreux et variés, à base territoriale ou professionnelle, constitués librement pour les besoins de la production et de la consommation, aussi bien que pour satisfaire la variété infinie des besoins et des aspirations d’un être civilisé. En outre cela rien d’immuable. Au contraire – comme on le voit bien dans la vie organique – l’harmonie résulterait de l’ajustement et du réajustement toujours modifié de l’équilibre entre la multitude de forces et d’influences. (3) L’auto-organisation des individus par fédéralisme comme moyen permettant la remise en cause permanente des fonctionnements sociaux autoritaires et de leurs justifications médiatiques. Il n’est reconnu que les mandats impératifs (votés en assemblée générale), révocables (donc contrôlés) et limités à un mandat précis et circonscrit dans le temps. Mais le mandatement ne doit intervenir qu’en cas d’absolue nécessité. (1)

Potentialités humaines

Les anarchistes ont également en commun une perception de la nature humaine qui justifie la viabilité d’une telle société libertaire. Tous les anarchistes considèrent que la liberté est également une potentialité, la possibilité pour l’individu de se réaliser et d’atteindre son plein potentiel. (2)

Et l’objectif principal de l’anarchisme est de favoriser un double épanouissement : celui de la société et celui de l’individu qui participe à celle-ci. À la source de toute philosophie anarchiste, on retrouve une volonté d’émancipation individuelle et/ou collective. L’amour de la liberté, profondément ancré chez les anarchistes, les conduit à lutter pour l’avènement d’une société plus juste, dans laquelle les libertés individuelles pourraient se développer harmonieusement et formeraient la base de l’organisation sociale et des relations économiques et politiques. (1)

L’homme serait ainsi capable d’obtenir le développement complet de toutes ses facultés, intellectuelles, artistiques et morales, sans être entravé par le surcroît de travail que lui imposent les monopolistes capitalistes par la servilité d’esprit du grand nombre. Il pourrait ainsi atteindre sa totale individualisation, (3)

Cette perception n’est toutefois pas la même chez tous les anarchistes. Par exemple, Kropotkine considérait que l’instinct de coopération d’aide mutuelle prédominait chez toutes les espèces animales et trouvait son incarnation parfaite chez l’humain. Mais la plupart des anarchistes ont plutôt développé une conception existentialiste de la nature humaine, estimant que les comportements humains s’adaptent aux structures et aux normes sociales. Quoi qu’il en soit, tous sont parfois d’accord pour dire que l’humanité a la capacité de vivre et de se développer sans être soumise à des institutions hiérarchiques et répressives. (2)

Liberté et égalité

Enfin, les anarchistes ont une conception sociale de la liberté, qui a pour conséquence de lier de façon indissociable la liberté et l’égalité. En effet, l’anarchisme postule que l’individu ne peut être totalement libre qu’au sein d’une société composée d’individus libres. Ainsi, pour Bakounine, « l’homme n’est réellement libre qu’autant que sa liberté, librement reconnue et représentée comme par un miroir par la conscience libre de tous les autres, trouve la confirmation de son extension à l’infini dans leur liberté. L’homme n’est vraiment que parmi d’autres hommes également libres ; et comme il n’est libre qu’à titre humain, l’esclavage d’un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l’humanité, est une négation de la liberté de tous. » (Catéchisme révolutionnaire) (2)

Anti-autoritarisme

Toutes les variantes de l’anarchisme ont en commun une critique des sociétés contemporaines qui se base sur des principes anti-autoritaires découlant de leur conception de la liberté. Les anarchistes contestent tous les rapports de domination hiérarchique, de quelque nature qu’ils soient (oppression de classe, de race, de sexe, d’orientation sexuelle, domination de la nature). La critique anarchiste s’étend à toutes les institutions oppressives telles que l’Église, l’armée, la police, ad nauseman et en tout premier lieu l’État, qu’ils considèrent comme l’institution suprême de domination. (2)

Etienne de La Boétie avait créé le concept de «servitude volontaire», révélant une autre facette de la domination. (4)

Pas de liberté sans égalité ! Pas de liberté dans une société où le capital est monopolisé entre les mains d’une minorité qui va se réduisant tous les jours et où rien n’est également réparti, pas même l’éducation publique, payée cependant des deniers de tous. De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins. (5)

Un patrimoine commun

L’anarchisme croit que le capital, patrimoine commun de l’humanité, puisqu’il est le fruit de la collaboration des générations passées et des générations contemporaines, doit être à la disposition de tous, de telle sorte que nul ne puisse en être exclu; que personne, en revanche, ne puisse accaparer une part au détriment du reste. (5)

Nostra patria è il mondo intero… (Notre patrie est le monde entier..) (4)

Éducation

Les anarchistes considèrent également l’éducation comme étant un des principaux moyens d’accéder à la société libertaire. (2)

En 1901, Francisco Ferrer fonde à Barcelone l’École moderne, qui s’inspire du rationalisme scientifique et fait confiance au progrès. Elle vise la libération de l’individu et la formation d’hommes et de femmes capables de transformer la société. Elle prône la coéducation des sexes et des classes sociales, afin d’attaquer à la racine les préjugés et de préparer des générations futures lucides. Vers la même époque, Paul Robin et Sébastien Faure ont dirigé en France des écoles libres où la pédagogie était basée sur la liberté, la confiance, la mixité, la combinaison entre travail manuel et travail intellectuel. Mais c’est l’expérience de Ferrer qui aura le plus d’écho : après son assassinat en 1909, et portées par la vague de sympathie et de solidarité, des Écoles modernes, des Écoles Ferrer se fondent au Brésil, en Suisse, aux États-Unis, en ItalieÉ La pédagogie active et les écoles alternatives actuelles se sont toutes inspirées, directement ou non, de ces prédécesseurs. En Angleterre (avec l’école de Summerhill entre autres) et aux États-Unis, les écoles libertaires sont encore nombreuses malgré les difficultés que leur fait le système officiel. Plus récemment il s’en est créé en Espagne (Paideia), en Australie (School without walls), en France (Bonaventure). (4)

Spontanéisme

Les anarchistes ont en commun d’offrir une stratégie de changement révolutionnaire impliquant l’institution immédiate de l’anarchie. Ils s’opposent tous aux stratégies autoritaires (dictature du prolétariat) ainsi qu’à la formation de partis hiérarchisés, et sont généralement abstentionnistes lors des élections. Les anarchistes croient en la spontanéité révolutionnaire et préconisent l’action directe, qui peut prendre plusieurs formes. (2)

La déclaration la plus connue de Michel Bakounine porte sur la «nature de l’action politique du prolétariat»: c’est là qu’il est dit que «la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat», que «toute organisation d’un pouvoir politique soi-disant provisoire et révolutionnaire pour amener cette destruction ne peut être qu’une tromperie de plus (4)

Bien que les anarchistes soient révolutionnaires et spontanéistes, il ne faut pas croire pour autant qu’ils rejettent les formes de lutte partielles et quotidiennes. Au contraire, des anarchistes comme Élisée Reclus considèrent qu’évolution et révolution font partie d’un même processus et que chaque action peut être efficace si elle est conforme aux principes anti-autoritaires. (2)

Stratégies

C’est au sujet des stratégies de changement que les anarchistes sont le plus partagés. Par exemple, certains ont préconisé, principalement lors des deux dernières décennies du XIXe siècle, une forme de terrorisme appelée propagande par le fait. Mais après une vague d’attentats individuels qui n’ont mené qu’au rejet populaire de l’anarchisme et à un regain de répression, cette stratégie a été abandonnée par les anarchistes. (2) Il y a même certains cas où le geste de révolte individuel peut avoir des conséquences terribles : qu’il suffise de citer l’anarchiste serbe Gavrilo Princip abattant l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche en 1914 ou le conseilliste hollandais Marinus van der Lubbe boutant le feu au Reichstag de Berlin en 1933. (4) Les anarcho-communistes insistent quant à eux sur l’action communautaire, sur la formation d’institutions libertaires sur une base locale qui pourront renverser et remplacer l’ordre capitaliste et étatique. Les anarcho-syndicalistes axent leur stratégie sur le syndicat, qui est conçu comme l’embryon de la société nouvelle ; ils préconisent des formes d’action directe comme le sabotage, le boycott, la grève partielle et la grève générale révolutionnaire. Les anarcho-pacifistes insistent quant à eux sur l’action directe non-violente et sur la désobéissance civile comme moyen de renverser l’ordre hiérarchique oppressif. (2)

Différents courants anarchistes

Pour les individualistes, la société n’est pas un organisme mais une simple collection d’individus autonomes. Pour satisfaire son intérêt personnel, l’individu peut s’unir aux autres et s’associer, mais cette association ne reste qu’un moyen pour servir sa fin. (2)

Les anarcho-syndicalistes sont les héritiers du collectivisme de Bakounine. Selon leur vision de la société anarchiste, les syndicats exproprient le capital et chaque groupe de travailleurs dispose de ses propres moyens de production. La répartition des produits et des services est alors l’objet d’une décision collective. (2)

Les anarcho-communistes (ou communistes libertaires, ou communistes anarchistes) prévoient l’établissement de communautés (communes) autogérées où tous travailleraient selon leurs capacités et tous consommeraient selon leurs besoins. Ces communautés sont fédérées pour exécuter en coordination des projets les concernant. (2)

L’anarchisme non-violent : mouvement dont le but est la construction d’une société refusant la violence. Les moyens utilisés pour arriver à cette fin sont en adéquation avec celle-ci : écoute et respect de toutes les personnes présentes dans la société, choix de non-utilisation de la violence, respect de l’éthique (la fin ne justifie jamais les moyens), place importante est faite à l’empathie et à la compassion, acceptation inconditionnelle de l’autre. Apolitique, profondément humaniste, il vise à rassembler les hommes et les femmes pour construire une société où chacun est poussé à se réaliser (la société est au service de l’individu) et en même temps incite l’individu à collaborer, à contribuer au bien-être de tous les acteurs de la société (l’individu est au service de la société) ; (1)

Il existe bien d’autres courants. (6)


(1) Wikipédia

(2) Anne Archet

(3) Pierre Kropotkine

(4) Marianne ENCKELL

(5) Éphéméride anarchiste

(6) Wikipédia

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