Le voyage à Nantes et Estuaire 2012 #4

Visite du MÉMORIAL DE L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE – NANTES

L’esclavage fait partie de notre histoire. Nantes fut le premier port négrier français au 18e siècle. La ville fonda alors une partie de sa richesse sur cet odieux trafic que nous reconnaissons aujourd’hui comme un crime contre l’humanité. Pendant longtemps, Nantes a détourné le regard de ce passé jusqu’aux années 1990, où nous avons décidé de le regarder en face. Nous l’avons alors exhumé, exploré, analysé, compris, assumé. Nous avons ainsi libéré notre mémoire. L’exposition Les Anneaux de la Mémoire, en 1992, fut le symbole de cette prise de conscience collective. Assumer un tel passé, sans esprit de repentance, permet aujourd’hui de mener nos combats les yeux grands ouverts. Le Mémorial porte cette volonté politique forte. Il ne s’agit pas d’un nouvel acte de contrition, mais bel et bien d’un appel à se souvenir des combats passés pour se projeter dans l’avenir, lutter contre toutes les formes d’esclavage moderne et d’aliénation des droits de l’Homme afin de construire un monde plus solidaire.

Sur les quais de Loire, entre le pont Anne-de-Bretagne et la passerelle Victor-Schœlcher, s’étend une promenade végétalisée de 7000 m2. Tout au long de cette esplanade sont réparties 2000 plaques de verre. 1710 rappellent le nom des navires et les dates de départ des expéditions négrières nantaises. Les 290 autres plaques indiquent les comptoirs négriers, les ports d’escale et les ports de vente en Afrique, aux Antilles, aux Amériques et en Océan Indien. Ainsi, peu à peu, au rythme de ses pas, le visiteur prend conscience de l’ampleur de cette tragédie

(au loin le Carrousel des Mondes Marins en construction )

À partir de l’esplanade, un vaste escalier à ciel ouvert conduit le visiteur vers le passage souterrain, cœur du Mémorial. Il est accueilli par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, derrière laquelle s’affiche le mot Liberté, dans une cinquantaine de langues issues des pays touchés par la traite négrière

Une fois dans le passage souterrain, le visiteur distingue à gauche la Loire entre les piliers de soutènement, à droite une immense plaque de verre qui court sur 90 mètres.

Elle porte une sélection de textes provenant de tous les continents touchés par la traite (Europe, Afrique, Amériques, Océan Indien), sur cinq siècles (du XVIIe au XXIe siècle) : lois, témoignages, œuvres littéraires, chants, textes fondamentaux de l’abolitionnisme…

 

Les visiteurs du Mémorial descendent eux-mêmes « vers la mer » par un passage longeant le quai du XIXe siècle, et se trouvent par endroits quasiment enfermés dans des sous-structures du XXe siècle rappelant l’extrême confinement du transport maritime. Ces espaces découverts ou nouvellement créés communiquent également au visiteur la force émotionnelle de l’emprisonnement implicite et explicite dans le logement et le transport des esclaves.

“Si, comme le disent les colons,
on ne peut cultiver les Antilles qu’avec des esclaves, il faut renoncer aux Antilles.
La raison d’utilité de la servitude pour la conservation des colonies
est de la politique de brigands.
Une chose criminelle ne doit pas être nécessaire.
Périssent les colonies, plutôt qu’un principe.”

Victor Schœlcher,
Des colonies françaises,
1842 (France)

« (…) tanbou sila a
se dife nan chan kann
tanbou sila
se tanbou revolisyon
se tanbou
libète »

« (…) ce tambour
c’est le feu dans les champs de cannes
ce tambour
c’est le tambour de la révolution
le tambour
de la liberté »

Paul Laraque,
Tanbou libète,
in Tanbou,1994 (Haïti)

D’AUTRES PHOTOS ICI

3 commentaires

  1. Bonjour, je ne suis pas d’accord avec vous quand vous dites que Nantes a « détourné le regard » de l’esclavage jusqu’aux années 1990. Les historiens nantais ont toujours mentionné la traite et plusieurs ouvrages spécialisés ont été publiés bien avant la municipalité Ayrault, qui donne souvent l’impression d’oublier, volontairement ou par simple ignorance, tout ce qui s’est fait avant elle (voir un petit recensement sur http://lameformeduneville.blogspot.fr/2012/04/memorial-de-labolition-de-lesclavage-1.html). Il n’y avait pas de monument spécifique, mais en général on érige des monuments en souvenir des faits glorieux et non en souvenir des atrocités : ce n’est pas non plus demain qu’on verra un monument consacré à Carrier et aux « noyades républicaines » de 1794 ! Le monument du quai de la Fosse commémore d’ailleurs l’abolition de l’esclavage, non la traite transatlantique, comme l’auraient voulu ses premiers partisans. Au passage, permettez-moi de souligner qu’au moins une langue « négrière » a été oubliée (cf. http://lameformeduneville.blogspot.fr/2012/04/le-memorial-de-labolition-de-lesclavage.html) et que ce n’est pas le seul oubli du Mémorial : alors que Jules Verne a souvent condamné l’esclavage, on a trouvé moyen de ne pas le citer à côté de tant d’autres auteurs (cf. http://lameformeduneville.blogspot.fr/2012/03/le-memorial-de-labolition-de-lesclavage.html).

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    1. Bonjour cher Jules Vernes, heu pardon Sven Jelure :mrgreen:
      COmme vous êtes très actif sur la surveillance de ce qui se fait sur Nantes, vous n’aurez pas été sans remarquer que ce texte est celui du mémorial.
      Donc je vous laisse libre, et vous l’êtes sans nul doute, de ne pas être d’accord avec leur texte, le mieux serait de s’adresser directement à eux pour un éventuel changement
      Il est une chose de parler de la traite dans des ouvrages et une autre de faire des actes collectifs symboliques comme les Anneaux de la mémoire ou ce Mémorial. Car si dans le premier cas nous sommes dans l’étude et la reconnaissance par un petit groupe (écrivain, scientifiques, amateurs d’histoire) nous rentrons dans l’autre dans la conscientisation plus globale et symbolique. Et en effet il n’y avait pas jusque là de symboles collectifs forts.
      Vous reprochez que ce monument ne commémore pas la traite négrière, mais comme vous le dites vous-mêmes en général un monument est érigé face à des faits glorieux, celle de l’abolition l’était par le courage de ceux qui se sont battus à plusieurs reprises contre. Il a l’avantage de mettre l’histoire en avant et resituer Nantes dans cette histoire, sans en faire porter non plus la culpabilité aux Nantais actuels. Cela me semble juste. Même si on peut toujours faire mieux. Mais il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas parait-il, on pourra donc reprocher à l’équipe municipale actuelle d’avoir mal fait, mais elle l’a fait.
      je ne suis pas Nantais d’origine, je suis arrivé peu de temps après les Anneaux de la mémoire, et les Nantais que je rencontrais m’en parlaient avec passion, force et tranquillité en même temps. Fiers finalement que cela se dise, alors q u’avant c’était plutôt comme tout « non-dit » une tâche dont tout parle.
      Enfin concernant Carrier et ses barges, il y aurait aussi certainement un travail à faire, pour qu’enfin (et là je parle aussi en tant que non Nantais d’origine) cesse des ressentiments toujours présents entre « républicains » et « royalistes » plus de 200 après, et cette tension toujours présente m’a surpris à mon arrivée sur Nantes.
      Je pense qu’il faudrait partager vos idées et propositions avec les responsables culturels de notre municipalité pour que ce chemin se fasse.
      Merci de votre attention, de votre vigilance, de vos idées et bonne continuation pour votre site

      chaleureusement

      PS : concernant la langue manquante, je suis incompétent, je vous fais confiance, je suppose que les associations ont été contactées pour participer à ce projet et il est possible qu’il y ait eu plusieurs oublis, là aussi un contact avec les responsables pourrait participer à corriger toute erreur

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