Gestion citoyenne de l’eau au Mexique

Paris, le 7 mai 2012

Gestion citoyenne de l’eau au Mexique

Samantha Cesar :

« Le Centre Antonio Montesinos (CAM) est né en 1979 d’une volonté de l’Église d’agir en faveur des plus pauvres. Moi-même sociologue, j’en suis devenue la coordinatrice. Le CAM s’est emparé du thème de l’eau à la demande de trois municipalités – Zacualpan Amilpas, Temoac et Jantetelco – de l’État de Morelos, au sud de la capitale, Mexico. Curieusement, dans cette zone située au pied du volcan Popocatépetl, qui culmine à 5450 mètres et est toujours coiffé d’une calotte neigeuse, la ressource hydrique se raréfiait et certaines familles ne disposaient d’eau  au robinet qu’une heure tous les trois jours.

En enquêtant sur place, nous avons découvert que l’origine de la pénurie venait de loin. Il y a une trentaine d’années, le gouverneur de l’époque du Morelos, Lauro Ortega, a autorisé par décret des villages de l’amont – Tetela et Hueyapan – à prélever l’eau du rio Amatzinac pour irriguer de nouveaux vergers. La raison officielle de cette décision unilatérale était la promotion économique des deux communes à travers l’intensification de la production fruitière. On découvrira plus tard, que le gouverneur avait investi dans la zone. Il concourait donc à son enrichissement personnel ! Suite à cette décision, des affrontements se sont produits entre communautés de l’amont et de l’aval, mais sans provoquer de modification du statu quo.

Des Forums porteurs d’espoir

Trois décennies plus tard, que constatait-on ? Dans les villages de l’aval, la petite production agricole périclitait. Par manque d’eau, les familles abandonnaient progressivement la milpa (le champ de maïs), les potagers et même les plantations de café qui procuraient un appréciable revenu d’appoint. Et concernant les usages domestiques et l’accès à l’eau potable, bien des villageois des quartiers populaires faisaient fi des règlements en creusant des puits à usage privatif dans leur jardin. Signe de l’assèchement des nappes phréatiques, il leur faut creuser de plus en plus profond : à trente mètres de profondeur aujourd’hui contre dix mètres deux décennies plus tôt. Certaines familles n’y arrivaient pas, car le coût devenait pour elles prohibitif : elles devaient dépenser 1000 pesos (environ 60 euros) par mètre creusé. Triste alternative : pour assurer la survie de leurs parents, les jeunes émigrent illégalement aux Etats-Unis ou rejoignent un cartel de la drogue. Celui des Zetas, présent dans le Morelos, leur propose une épreuve initiatique risquée, celle de « la mule », autrement dit le transport individuel d’une petite quantité de drogue vers l’Amérique du Nord ou l’Europe.

Bref, l’horizon semblait bouché. L’irrigation régressait inexorablement : 90 % des terres agricoles des trois communes du sud redevenaient tributaires de l’eau de pluie. Face aux protestations, les seules réponses officielles à la pénurie d’eau – un barrage techniquement mal conçu et une usine de traitement des eaux usées – n’ont pas modifié la donne. Le CAM a alors décidé de favoriser – avec l’aide du CCFD-Terre Solidaire – la création de Forums citoyens dans la région. D’une part, ils ont contribué à la formation des habitants et à la vulgarisation de techniques écologiques économisant l’eau : toilettes sèches, citernes de récupération de l’eau de pluie, etc. D’autre part, chaque Forum – qui regroupait de 30 à 50 personnes – s’est efforcé de renouer le dialogue entre les communautés. L’idée force est de tenter de sortir des inextricables conflits locaux par le haut, en faisant prévaloir une vision régionale et des solutions pérennes. Avec deux interrogations majeures que l’on tente de faire partager à tous : quelle pourrait être une répartition équitable de l’eau ? Plutôt qu’une simple marchandise, l’eau n’est-elle pas un bien public ; et y avoir accès n’est-il pas un droit humain ? Ces réflexions ont avancé au cours des derniers mois. Une dynamique encourageante s’est instaurée, un processus de réconciliation entre ceux de l’amont et de l’aval est en cours. Les Forums citoyens sont devenus des référents dans leur communauté, et au-delà. Mais il reste à cette expérience-pilote à franchir une nouvelle et plus redoutable étape : trouver des soutiens au niveau du pouvoir central. Autrement dit, infléchir la politique publique de l’eau. C’est le défi des prochaines années. »
Propos recueillis par Yves Hardy

VIA CCFD TERRE SOLIDAIRE

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