Agir : de la volonté à la méditation

La volonté

Les pratiques moralisatrices des religions sont basées sur le fait que nous devons travailler notre volonté pour avoir des actes, voir des pensées, conformes à des dogmes. Mais grâce à l’apport des méthodes scientifiques de visualisation du cerveau en action, nous savons que le rapport entre la volonté et les actes n’est pas si simple.

Méditation et pensée

La pratique de la méditation nous amène à accepter de voir ce qui est, sans rien rejeter, sans s’attacher à rien ; voir ce qui se passe, nos émotions, nos pensées, nos sensations.

Ainsi une pensée reste une pensée, sans jugement négatif ou positif. Elle peut être paradoxale concernant d’autres pensées, voir même par rapport à nos actes.

Attention et actes

La pratique de l’attention au quotidien nous permet de voir nos actes. Mais nous savons maintenant scientifiquement que nous percevons l’acte juste après l’avoir fait.

« La conscience que nous avons de ce que nous faisons, cette conscience n’a pas véritablement été conçue comme un instrument qui nous permette de prendre des décisions. Quand les psychologues sont allés expérimenter, dans les années 1960, autour de la question de la volonté, ils ont fait la découverte sidérante que la volonté apparaît dans le cerveau après qu’a été réalisé l’acte qu’elle est censée avoir déterminé. La représentation de la volonté que nous allons poser un acte, n’intervient en fait qu’une demi-seconde après que l’acte a été posé, alors que l’acte lui-même a pu être réalisé un dixième de seconde seulement après l’événement qui en a été le véritable déclencheur. » (1)

L’attention n’a donc pas un effet directement immédiat sur l’acte.

Regard et préceptes

Cela amène beaucoup de modestie quant à notre « volonté » mais ne peut que nous pousser à « regarder » nos actes et voir comment émotionnellement nous les vivons, en les confrontant aux préceptes qui imprègnent notre vie.

« Il n’y a donc pas comme nous l’imaginions avant la découverte de l’inconscient, une conscience décidant de tous nos actes, à l’exception des actes réflexes. Il n’y a pas non plus, comme Freud l’avait imaginé, deux types d’actes : les uns déterminés par la conscience et les autres par l’inconscient, il n’y a – du point de vue décisionnel – qu’un seul type d’actes, déterminés par l’inconscient, la seule différence étant que certains apparaissent dans le « regard » de la conscience (avec une demi-seconde de retard sur l’acte posé), et certains non. » (1)

Accepter et mesurer

Accepter cela est le début de la sagesse, c’est à dire le contraire de l’illusion.

En suivant la voie du Bouddha, il nous importe de mesurer la part de souffrance que nos actes créent ou dont ils se libèrent dans notre contexte de vie, pour nous-mêmes, les autres, notre environnement. Mais d’un point de vue bouddhiste cette interprétation n’est pas vécue comme une étude de plans dissociés mais bien comme non-séparés.

« Il restait à comprendre pourquoi le regard de la « conscience » est apparu dans l’évolution biologique. L’explication – en parfait accord avec les observations de Libet – est qu’il s’agit d’un mécanisme nécessaire pour que nous puissions nous constituer une mémoire (adaptative) en associant à nos percepts, les affects qu’ils provoquent en nous, et ceci en dépit du fait que les sensations en provenance de nos divers organes des sens (nos « capteurs »), parviennent au cerveau à des vitesses différentes » (1)

« Il faut que nous tenions compte du fait que notre conscience arrive en réalité toujours quelque temps après la bataille. » (1)

La compréhension bouddhiste systémique fait que nous pouvons faire l’hypothèse qu’elle imprègne aussi notre corps & nos cerveaux « sous cortex » (limbique et reptilien).

Erreurs et apprentissages

Cette attention fait qu’il n’y a pas d’erreurs dans notre vie, au sens de ce qui n’aurait pas du être fait, mais des apprentissages qui nous amènent à vouloir corriger les désordres créés, éviter de les reproduire ou créer de nouvelles façons de penser avec de nouvelles ressources. Il nous faut dépasser la simple notion de cause à effet limitée, mais plutôt voir que chacun de nos actes et de nos pensées est lié à un environnement, une histoire, un contexte.

« L’approfondissement de l’interconnexion quantique l’amena d’abord à remettre en cause la conception classique de la causalité. […] L’idée, c’est que la démarche habituelle consistant à rechercher derrière un événement une ou plusieurs « causes » est fausse. Une infinité de causes sont à l’œuvre pour que se produise un effet donné. Nous disions que tout l’univers est impliqué dans l’apparition d’un événement. L’exemple classique consiste demander : qu’est ce qui a provoqué la mort de Lincoln. On répond : c’est la balle de revolver tirée par John Booth. Mais il s’agit d’une simplification. Il faudrait inclure en réalité « l’ensemble des événements ayant concouru à la fabrication du revolver, l’ensemble des facteurs ayant amené Booth à vouloir tuer Lincoln » etc. […] Tout événement surgit au sein d’un système, de sorte que la réalité fondamentale se situe davantage dans la totalité que dans ses parties. » (2)

L’histoire de notre vie est un roman

« Dans nos actes quotidiens, dans la façon dont nous réagissons aux autres autour de nous, parce que nous vivons dans un univers entièrement social, il faut que nous prenions conscience du fait que nous avons beaucoup moins de maîtrise immédiate sur ce que nous faisons que nous ne l’imaginons le plus souvent, une maîtrise beaucoup plus faible que ce que nous reconstruisons par la suite dans ces discours autobiographiques que nous tenons : dans ces discours de rationalisation, d’autojustification faudrait-il dire, que nous produisons à l’égard des autres. » (1)

« Bien sûr, nous sommes devenus très forts dans notre manière de vivre avec une telle dissonance : nous réalisons des miracles en termes d’explications après-coup de notre propre comportement. » (1)

La sensation de satisfaction vient quand nous pouvons constater l’adéquation entre nos actes et les valeurs qui sous-tendent notre vie.

« Il y a des gens heureux : ceux dont la conscience constate avec délice les actes qui ont été posés par eux. Il n’y a pas chez eux de dissonance, il n’y a pas de contradiction : nous sommes satisfaits de constater notre comportement tel qu’il a eu lieu. Et c’est pour cela que l’affect n’est pas trop déçu de ce qu’il observe. L’affect réagit bien entendu : soit il cautionne ce qu’il peut observer comme étant à l’œuvre, soit il est déçu quand il constate le résultat. » (1)

Sortir du roman pour retrouver l’histoire

Il nous faut être capable d’accepter de sortir de ce roman, pour regarder notre histoire. Cela implique de sortir d’une vision auto-centrée, qui est notre façon « normale » de fonctionner et de reconstruire la réalité en fonction de notre pensée, de nos actes.

« Le « monde objectif » des choses que nous percevons dans l’état de veille n’est qu’une interprétation d’une Réalité qui n’est pas celle que nous connaissons. Il est tout à fait possible que ce que nous appelons « réel » du point de vue de la vigilance, ne soit qu’une « vaste symphonie de résonance, d’ondes de formes, un espace de fréquence attendant d’avoir pénétré dans notre conscience pour se métamorphoser en monde tel que nous le connaissons».  (2)

Être capable de voir d’une manière globale, non ego-centrée est ce qu’on appelle la vacuité.

«  La pensée duelle nous empêche de voir la nature réelle de l’univers en mettant des séparations là où il n’y en a pas. » (2)

Méditation et agir

La méditation est une pratique qui nous permet cette conscientisation globale sans avoir à y mettre obligatoirement des mots.

« L’intellect pensant est fortement analytique et tourné vers l’objet. La pensée opère dans la dualité, va du connu au connu, du fragment au fragment ; en outre, lesté du poids du passé, le mental peut aussi avoir un caractère compulsif. L’hyper-développement du mental a donc eu pour effet de couper la pensée de son fondement intuitif dans l’intelligence. Le mental est carrément déconnecté de ce qui est et nous avons semble-t-il perdu toute aptitude à la vision de l’unité. Le domaine entier de la représentation que construit la pensée est coupé du réel. Il existe cependant une intelligence en prise sur le réel, mais qui n’appartient pas au mental ordinaire. Krisnamurti, tout en insistant fortement sur la relation entre la pensée et le cerveau, dit aussi qu’il existe une Intelligence qui ne dépend pas du cerveau. Il la décrit dans ce qu’il appelle la vision en profondeur, l’insight. Aurobindo donne dans cette direction des descriptions très précises. Il soutient que l’enjeu de l’évolution humaine est précisément de dépasser le mental vers ce qu’il nomme le surmental. »(2)

Cette expérience holistique du « corps / pensée » dans la méditation permet justement cet état de félicité car n’est plus dans un jugement duel des actions mais dans une vision globale de notre vie.

Comme le dit Matthieu Ricard dans une de ses conférences :

« Si le bagage héréditaire (« l’inné ») et les conditions externes/le milieu (« l’acquis ») ont certes une influence non négligeable dans l’évolution humaine, des recherches récentes en neurosciences et en sciences contemplatives révèlent  toutefois la capacité de chaque être humain de changer et de progresser en adoptant une attitude déterminée et de transformer peu à peu son paysage mental, sa façon d’être. C’est pourquoi il importe de cultiver son mental et de s’entraîner sans relâche avec comme objectif le dépassement de l’ignorance et, de là, la libération de la souffrance. […]

En pratiquant avec détermination, diligence et avec patience, on peut accéder tôt ou tard à cette base de la conscience, à cet état de pure conscience et à cette liberté intérieure qui nous rendra capable d’être un avec chaque situation, un avec chaque émotion qui se présente en nous  à un moment donné. » (3)

  1. Blog de Paul Jorion.
  2. Philosophie et spiritualité.
  3. Amis Tibet

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