Il faut imaginer le bodhisattva heureux

La voie du Bodhisattva n-elle pas l’illustration du mythe de Sisyphe ? Un agir insensé qui n’aboutira jamais !

Pour un esprit chagrin c’est clair, puisque le bodhisattva prend le vœu fou de « sauver tous les êtres », « à quoi bon » dit-il ? Mais justement la « voie de la Grandeur » qu’emprunte ce guerrier pacifique est le contraire de l’aquoiboniste.

Je l’illustre souvent des deux histoires suivantes :

  • Celle du petit enfant qui ramasse les étoiles de mer échouées sur le rivage  : c’est impossible vu le nombre, mais pour celle qui est sauvée cela change tout
  • celle du colibri qui est le seul à vouloir éteindre l’incendie de la forêt, goutte après goutte, alors que tous les autres animaux ont fuit : face aux critiques il répond  « oui, mais moi, je fais ma part »

Les 4 grands vœux de bodhisattva disent en chinois :

众生无边誓愿度 Les êtres sont en nombre infini, je fais le vœu de les sauver
烦恼无尽誓愿断  Les passions sont inépuisables, je fais le vœu de les trancher
法门无量誓愿学 Les méthodes sont innombrables, je fais le vœu de les mettre en pratique
佛道无上誓愿成 L’état de Bouddha est insurpassable, je fais le vœu de le réaliser

Nous ne sommes donc pas dans un « je fais le vœu de TOUS les sauver » , mais dans celui de « qu’importe le nombre » , j’agirai sans cesse, car finalement pour celui que je soutiendrai, cela changera tout.

Si en tant que pratiquant du dharma, nous nous fixions un but à atteindre : que la société humaine soit libre, heureuse et fraternelle ; nous pourrions régulièrement être désappointé du peu de possibilité que cela a, d’exister ; ou de la mauvaise volonté de ceux qui s’y opposent, ou tout simplement se soumettent sans vouloir changer. Mais nous ne nous attachons pas à un but à atteindre : I mushotoku ko : « Puisqu’il n’y a rien à obtenir »

De la même manière qu’en méditation nous nous asseyons avec la conviction intime que nous sommes déjà des humains, déjà des êtres vivants, déjà des êtres parfaits en tant que tels, c’est à dire des êtres vivants qui vivent; et que rien ne peut entacher ce courant de vie, « malgré tous les malgré » des apparences. De la même manière nous voyons ainsi les humains, malgré tous leurs défauts, leurs conduites soumises ou asservissantes, comme des humains. De la même manière que tout ce qui surgit en méditation, est méditation, tout ce que nous rencontrons sur la voie du bodhisattva est la voie du bodhisattva. C’est en cela qu’on peut dire qu’elle est parfaite, car il n’y a rien d’autre qui surgisse, mais cela ne veut en rien dire que la voie que nous prenons ne rencontre que des situations faciles ou morales.

Nous pratiquons le dharma sans objet, même pas pour l’éveil, car cela serait encore pratiquer pour une obtention, une appropriation, avec l’espoir de l’avoir, le désespoir de ne pas l’atteindre.

Nous pratiquons parce « Je suis un homme et rien de ce qui est humain, je crois, ne m’est étranger » (Térence « Homo sum ; humani nihil a me alienum puto ») et tel le Sisyphe de Camus, il faut « imaginer le bodhisattva heureux » car il fait sa part.

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