Sous nos pieds

« La voie du Bouddha est sous nos pieds. Une fois retenu par la voie, l’endroit est évident » (1)

Le poète espagnol Antonio Machado nous dit :

 « Marcheur, ce sont tes traces

ce chemin, et rien de plus ;

Marcheur, il n’y a pas de chemin,

Le chemin se construit en marchant.

En marchant se construit le chemin,

Et en regardant en arrière

On voit la sente que jamais

On ne foulera à nouveau.

Marcheur, il n’y a pas de chemin,

Seulement des sillages sur la mer. » (2)

Et pourtant « Ceux qui étudient la voie veulent à tout prix qu’elle ait des effets tangibles » (1)

Mais pratiquer la voie, c’est s’abandonner. La tradition bouddhiste du Mahayana a sa propre parabole du fils prodigue dans le Sûtra du Lotus (3), mais le retour de celui-ci se fait dans la simplicité comme le rappelle Dôgen :

« Il y eut un homme qui quitta son père et partit au loin. Il délaissa son trésor pour vagabonder. Il eut beau être le seul enfant du notable ; il devint pour longtemps un misérable journalier. Voilà de quoi réfléchir. Étudier la voie, c’est chercher à être retenu par la voie. Être retenu par la voie, c’est effacer toute trace d’éveil. » (1)

Dans le précédent article je rappelais que Dôgen nous demandait d’ouvrir les mains, mais il nous demande aussi d’ouvrir les yeux, tout est déjà là :

« Pour avoir foi dans la voie du Bouddha, on doit avoir foi dans le fait qu’on est soi-même depuis toujours dans la voie et qu’il n’y a ni égarement, ni pensée erronée, ni méprise, qu’il n’y a ni augmentation ni diminution et pas plus d’erreur. » (1)

Comme le rappelle Enô :

« La sagesse de la prajnâ ignore le supérieur et l’inférieur, et c’est parce que leur esprit s’est mépris que les êtres ordinaires pratiquent et cherchent tous le Bouddha à l’extérieur d’eux-mêmes sans s’illuminer dans leur état naturel. » (4)

Ouvrir ainsi les yeux implique de retrouver une simplicité naturelle :

« Tout se fait en tranchant les facultés mentales et en délaissant le chemin de l’intelligence. Tel est le moyen habile pour guider les débutants. Après cela on se dépouille du corps et de l’esprit et on abandonne l’illusion et l’éveil. » (1)

  1. Gakudô Yôjin Shû (Recueil des points à observer dans l’étude de la voie) de Eihei Dôgen in « Les fleurs du vide ; anthologie du bouddhisme » E Rommeluere Grasset (1997)
  2. traduit par José Parets-LLorca – Proverbios y cantarès, Chant XXIX, Campos de Castilla, 1917
  3. Le sutra du lotus – Edition Fayard
  4. Enô – Le Sûtra de l’Estrade – in Les patriarches du zen – Edition du Relié

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