CHAQUE JOUR, UN BLOG : LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Un voyage étonnant au cœur du land Art

[…] écrire une nouvelle p(l)age singulière, un petit pan de vie, pierre par pierre. Commence la chasse et mes yeux cherchent déjà la première pierre qui conviendrait. Ici, dans ce chaos de géant, aucun homme ne soulèverait ces blogs qui dépassent pour certains, les trois cent kilos. Leur masse rend modeste. J’en choisi une, couchée de tout son long et qui me semble être à ma portée. Elle est trop lourde pour être portée, déplacée, mais avec quelques manœuvres, je la dresse sur l’estran. Mon dos craque et proteste. Je cherche le point d’équilibre. Elle tient debout, seule, mais je la cale de manière à pouvoir monter en son sommet un premier cairn de la journée sans qu’il ne s’écroule.
Il m’est facile à cet instant, de faire le vide, de tout oublier dans ce froid vif, au point parfois de ne plus entendre la mer et d’être simplement  » dans le geste ». Je deviens une sorte d’écriture dans le paysage qui m’éloigne provisoirement de mes semblables pour reproduire un rituel vital.
Chaque pierre choisie pour sa forme, recto, verso, est évaluée, soupesée, essuyée lorsqu’il le faut avant d’être posée délicatement sur le cairn. Si elle ne convient pas, elle est rejetée, puis remplacée. Plus la colonne en équilibre monte plus les pierres deviennent sensibles au vent, que j’essaie de couper en faisant rempart avec mon corps. Je les sens trembler entre mes doigts gelés, respirer à leur façon. Elles vivent. Pendant ce temps, j’oublie que la mort est à l’œuvre en moi, chaque jour, attendant l’instant crépusculaire d’une vie achevée.
Le sol a-t-il tremblé ? Le cairn vient de s’écrouler. Je regarde les pierres retourner à leur destin. Je pense alors à Terzo, cet ami Italien, illustrateur de son état, qui m’avait suivi un après-midi d’hiver sur une plage de la côte de Nacre, non loin d’ici. Assistant à l’écroulement d’un cairn, il m’avait dit en souriant :  » non siamo gran cosa », nous ne sommes pas grand chose.
Mes cairns en cela, devenaient humain à ses yeux et j’ai continué à les regarder comme ça, juste un mot, un cri parfois, dans l’immensité silencieuse, pas plus.

Roger Dautais.

http://rogerdautais.blogspot.fr/

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