Dire « non »

Pour Dôgen la transmission directe, la lignée, de maître en maître est primordiale : « Depuis qu’il y a des bouddhas et des patriarches, il n’y a qu’un enseignement direct et qu’une transmission univoque. » (1) Et suivant son habitude de manier les contraires il nous incite à dire « non ». ce « non » n’est pas un refus naïf, mais un refus de tomber dans l’évidence, la facilité.

Ainsi si on cherche le dharma intellectuellement, peut-on le trouver ? « Non »

« L’essence du dharma ne se trouve pas si on le cherche ? Une fois qu’on l’a vu, le savoir disparaît. Une fois trouvée, l’esprit est dépassé. » (1)

Pas tant parce qu’il ne faut pas avoir une démarche intellectuelle que parce qu’en trouvant le dharma on dépasse cette démarche.

« Le Zen reste une énigme, tant que nous voulons n’y appliquer que la raison. » (2)

Doit-on céder aux sirènes de la violence face à l’agressivité vécue au quotidien ? « Non ». Doit-on alors tomber dans un pacifisme angélique, tendre l’autre joue ? La réponse est « non », comme dans le mot « non-violence », un « non » actif.

Ce mot « non » doit-il être notre mantra ? Notre nouveau dieu ? La réponse est « non ».

« Non, peut-on sonder ce mot : « Non » ? peut-on le saisir ? » (1)

Ne s’arrêter sur rien, ne rien retenir, mais ouvrir les mains à la vie :

« Ouvrez les mains. Ouvrez un moment les mains et regardez : Qu’est-ce que le corps et l’esprit ? QU’est -ce que les activités ? Qu’est-ce que la vie et la mort ? QU’est-ce que le dharma du Bouddha ? » (1)

Nous pourrons toucher cette ouverture qui fait de zazen une action, qui fait des actions, zazen. « En observant tout cela, naturellement les deux formes du mouvement et de l’immobilité évidemment ne se produiront plus. Au moment de cette absence de production il n’y a pas de fixation. »(1)

« Pour comprendre le Zen, vous devez passer la barrière des patriarches . Pour atteindre cet éveil profond, vous devez complètement trancher la pensée. Quelle est cette barrière des patriarches ? C’est juste le mot « Non ». c’est la porte d’entrée du Zen.
Ce mot « Non », portez-le constamment jour et nuit ? Ne le prenez pas pour la vacuité. Ne le pensez pas en terme d’avoir ou de ne pas avoir ? C’est comme si vous deviez avaler une boule de fer rouge. Même si vous essayez de la cracher, vous ne le pouvez. Toutes les idées et les pensées illusoires seront épuisées, puis l’intérieur et l’extérieur seront naturellement unifiés. Tout cela n’apparaîtra qu’à vous-même, comme pour un muet qui rêve. Puis soudainement, tout se retournera. Vous étonnerez les cieux et vous ébranlerez la terre.
Quand vous rencontrerez le Bouddha, vous tuerez le Bouddha. Quand vous rencontrerez les patriarches, vous tuerez les patriarches. Au bord du précipice de la vie et de la mort, vous posséderez la parfaite liberté. Vous bénéficierez de la concentration de jouissance. »
Mumon Ekai (3)

Mumon Ekai nous pousse-t-il à ne pas respecter les patriarches et le Bouddha ? La réponse est « non », bien au contraire. Les respecter en acceptant la complexité de la situation qui ne peut se satisfaire d’une réponse toute faite qui serait transmisse de génération en génération, mais d’un grand « non » et d’un agir sans peur, sans attachement, sans exclusion.

  1. Gakudô Yôjin Shû (Recueil des points à observer dans l’étude de la voie) de Eihei Dôgen in « Les fleurs du vide ; anthologie du bouddhisme » E Rommeluere Grasset (1997)
  2. Georges Toullat
  3. in « Les fleurs du vide ; anthologie du bouddhisme » op. cit.

6 commentaires

    1. J’essaye de ne mettre que des photos libres de droits ou personnelles sur mon blog (ou sous Creative Common par exemple)
      Quand je suis tombé sur cette photo, un souvenir m’est revenu, j’étais au Ladkah pour la dernière fois en 2004, je revenais de la « campagne profonde », en jeep avec le lama que j’accompagnais, et sur le bord de la route, une vache morte ! Il fait arrêter la jeep, descend touche la vache (morte) pleure et dit mais qu’est ce que c’est ces humains qui ne prennent pas soin des animaux même morts !
      Voilà un grand « NON »

      J'aime

Répondre à Frédéric Baylot Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.