Changer le monde sans prendre le pouvoir

John Holloway (né en 1947) est un économiste et philosophe marxiste d’origine irlandaise dont le travail est associé au mouvement zapatiste de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN). Il réside et enseigne à Puebla au Mexique depuis 1991.

Son livre Change The World Without Taking Power paru en anglais en 2002, en français en janvier 2008, après la publication française de sa postface actualisée en 2006 a connu un immense succès, surtout en Amérique latine, où il a suscité de nombreuses controverses, au-delà des cercles marxistes. Les oppositions les plus fortes à ce livre sont venues des partis politiques héritiers du bolchevisme et de la social-démocratie, parce que John Holloway remet en cause ce qui est un de leurs fondements: la prise du pouvoir comme perspective privilégiée de l’action politique.

Il défend de manière théorique l’idée (des Zapatistes) qu’il est possible de changer le monde sans prendre le pouvoir, en se centrant sur des actes de résistance situés dans le quotidien. Les thèses qu’il défend rejoignent ainsi la tradition libertaire et le marxisme anti-autoritaire et offrent une critique en règle de la tradition marxiste-léniniste et trotskiste. Son travail a une grande influence sur le mouvement altermondialiste.

Dans son livre, Holloway mène une analyse théorique et politique de ce que portent les mouvements sociaux depuis le milieu de la décennie quatre-vingt-dix – impulsés notamment par la révolte zapatiste en 1994 et par la mobilisation de Seattle en 1999. Holloway montre que ces mouvements luttent pour un changement radical mais dans des termes qui n’ont rien à voir avec la radicalité des luttes antérieures qui visaient la prise du pouvoir d’État.
Ces mouvements sociaux sont donc en rupture avec la théorie marxiste-léniniste classique de la révolution, qui se centre uniquement sur la prise du pouvoir institutionnel. Holloway s’interroge sur la manière de reformuler notre compréhension de la révolution en tant que lutte contre le pouvoir et non pas pour le pouvoir. Après un siècle de tentatives manquées visant à mener des changements radicaux, et ce autant du côté des révolutionnaire que de celui des réformistes, le concept de révolution est entré en crise.

John Holloway ouvre le débat en reposant des questions essentielles du marxisme et de la tradition libertaire, utilisant pour ce faire les traditions non-orthodoxes du marxisme (représentées ici par Theodor Adorno, Ernst Bloch, Georg Lukacs, le «marxisme ouvert» ou encore le marxisme autonomiste). Son approche s’ancre dans le concept marxiste non pas de «fétichisme» mais de «fétichisation» en analysant la manière avec laquelle le faire est transformé en fait. Holloway part de cette idée centrale que nous sommes toutes et tous capables de faire en tant qu’êtres humains. Le faire est plus qu’une simple activité physique, c’est un mouvement créateur qui implique la transformation continue du monde qui nous entoure, dans nos actions de tous les jours. Ainsi, la lutte pour la transformation radicale est loin d’être marginalisée car elle est imbriquée dans nos vies ordinaires.

Ce qui implique que la révolution doit être comprise aujourd’hui comme un questionnement et non comme une réponse. Repenser la révolution, c’est «questionner en marchant», comme disent les Zapatistes. C’est le fait de se poser des questions qui correspond au processus révolutionnaire et non de donner des réponses toutes faites. « Nous avons perdu toutes les certitudes, mais l’ouverture à l’incertitude est centrale pour la révolution. ‘Questionner en marchant’ disent les Zapatistes. Nous nous posons des questions non pas seulement parce que nous ne connaissons pas le chemin, mais aussi parce que mettre en question le chemin fait partie du processus révolutionnaire lui-même » (Holloway, Change the world… p.215).

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