Pardon, excuse et exonération

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(La Complainte des Landes Perdues : Les Chevaliers du Pardon – Dessinateur : Philippe Delaby – Scénariste : Jean Dufaux – Editeur : DARGAUD)

Le pardon appartient à la personne lésée, l’excuse à la personne qui a créé l’injustice et l’exonération a une visée plus globale, socialement et générationnellement.

Pardon

Contre le pardon – Des thérapeutes français s’insurgent

Même si le thème du pardon commence à apparaître dans quelques séminaires de développement personnel, il n’en reste pas moins étranger à la grande majorité des thérapeutes français. Ainsi, Suzanne Czernichow, psychiatre, psychanalyste et thérapeute familiale, s’insurge contre l’utilisation d’un terme  » mystico-religieux  » dans la pratique psychothérapeutique : « Le pardon n’est pas un concept dont on se sert en clinique. Il peut générer une confusion entre les victimes, qui en arrivent à s’interroger sur leur propre part de responsabilité, et les coupables, qui ne sont plus clairement désignés comme agresseurs ; confusion aussi entre un travail de type analytique sur la culpabilité inconsciente des victimes et leur simple faculté d’introspection…Le pardon correspond bien à notre époque où, se voulant zen, on ignore les dimensions inconscientes de la relation ! »

Carole Damiani, psychologue à l’association Paris-Aide aux Victimes, constate que la problématique du pardon surgit surtout dans les entretiens individuels :  » En France, on n’évoque pas ce thème en groupe, sans doute parce qu’il renvoie aux convictions les plus intimes de chacun. Parfois, il devient un enjeu fondamental entre les membres d’une même famille : quand l’un est sur le point de pardonner, ses proches le rejettent. Le pardon est alors la marque de l’évolution intérieure de la personne qui se différencie de sa “tribu”. D’autre part, les gens confondent trop souvent “pardonner” et “comprendre”. Or les deux peuvent aller l’un sans l’autre. « 

L’excuse

Les excuses ne sont pas seulement une politesse sociale. Elles signifient un rituel important, une façon de montrer le respect et l’empathie envers la personne lésée. C’est une façon de réaliser que, si on ne l’observe pas, cette chose peut mettre en danger la relation.

Des excuses ont la capacité de désarmer les autres de leur colère et d’empêcher d’autres malentendus. Si les excuses ne peuvent pas changer les actions passées, elles peuvent encore changer les effets négatifs de ces actions, si on les présente avec sincérité.

Quand on a le courage d’admettre une erreur et surmonter la résistance d’avoir à s’excuser, on développe un fort sentiment d’estime de soi. Sachant que l’on a eu tort envers quelqu’un on met une distance vis-à-vis de lui, mais une fois que l’on a présenté nos excuses, on se sent plus libres d’être vulnérables et proches aux autres. Si s’excuser nous fait parfois nous sentir humiliés, ça peut nous rappeler de ne pas reproduire la situation.

Il y a deux autres aspects importants quand on présente des excuses : l’intention et l’attitude. Elles sont communiquées non-verbalement à la personne à qui l’on présente des excuses. Pour que la personne sente le sincérité de notre geste, ce dernier doit venir de l’intérieur.

Des excuses utilisées comme une manipulation ou de simples gestes sociaux sont l’assurance d’êtres vides de sens pour notre interlocuteur et constituent donc une erreur supplémentaire.

Lorsque nous sommes sincères et bien intentionnés, alors s’excuser représente un puissant outil, à la fois pour ceux qui les formulent que pour leur destinataire.

Si vous avez des difficultés à présenter des excuses, comprenez qu’une excuse empreinte de sens implique:

  • 1. La notion de Regret renvoie à une déclaration de pardon pour avoir causé un préjudice à quelqu’un. Si notre intention n’a pas été de faire mal, on doit reconnaître que nos actions ont blessé cette personne. Des regrets communiqués comprennent l’expression d’une empathie et la prise de conscience de l’injustice qui a été provoquée.
  • 2. La notion de Responsabilité se réfère au fait d’assumer nos actes et de reconnaître pleinement nos torts; ce qui signifie ne pas blâmer quelqu’un d’autre et ne pas chercher d’excuses pour ce que nous avons fait. Pour que les excuses soient efficaces, il est impératif notre communication soit claire à ce sujet.
  • 3. La notion de Réparation renvoie au fait qu’autant nous ne pouvons pas changer ce que nous avons fait dans le passé, autant il nous est possible de remédier au mal que nous avons causé. Une excuse avec du sens implique une déclaration qui offre une compensation et la promesse que nous ne répéterons plus ce comportement.

Si un de ces trois éléments est absent, notre interlocuteur sentira alors qu’il manque quelque chose dans nos excuses et ne nous accordera pas intégralement son pardon.

( D’après un texte de Carmen Musat )

L’exonération

La légitimité constructive

La légitimité d’agir en tant « qu’action pour les autres et pour nous même » s’acquiert dans le fondement même de la solidarité transgénérationnelle. Selon Nagy, la justice de l’espèce humaine exige que toute personne apporte sa contribution à la race humaine et qu’il reçoive sa part en retour.
La légitimation d’autrui et de soi peut donc également s’acquérir en prenant soin de la génération suivante et de la génération précédente. Même si pour certains, la génération qui précède a failli, pour Nagy l’exonération de la faute apporte une legitimation supplémentaire.
L’exonération par une génération, contrairement au pardon, est permise par l’appréciation du processus ayant conduit une autre génération à faillir.

Sortir de l’impossibilité de pardonner, sans excuser ni renoncer

A la différence d’un travail sur le pardon, le travail d’exonération vise avant tout à soulager l’histoire présente et future du fardeau porté par les uns et les autres, y compris les générations futures, du fait des injustices ou maltraitances non traitées.
A ce titre, le travail d’exonération n’est pas un acte privé entre la victime et celui qui lui a fait subir de mauvais traitements.
C’est un acte qui concerne certes l’un et l’autre, mais non dans la perspective première de les rapprocher l’un de l’autre, ou de soulager l’un et l’autre.
Cet acte vise d’abord la responsabilité qu’a chacun de ne pas faire peser sur d’autres partenaires non concernés directement par le préjudice subi le poids de cette histoire.

Etymologiquement, exonérer signifie soulager d’un fardeau.
Le travail qui s’effectue vise ainsi à soulager d’un fardeau à plusieurs niveaux :

  • – soulager la personne responsable des mauvais traitements. Non du poids des fautes qu’elle a commises et qui souvent sont impardonnables. Mais lui donner la possibilité de ne pas être réduite à cette part de son histoire : cela passe, encore une fois sans perspective d’excuse des faits, par l’exploration des souffrances et des injustices qu’elle-même a pu, dans son histoire, et notamment dans son enfance, subir,
  • – soulager la personne victime elle-même en lui permettant, par un examen adulte de l’histoire de chacun, de ne pas rester bloquée dans un statut de victime. Mais de lui permettre, autant que faire se peut, de se trouver à nouveau acteur de sa propre histoire, plus libre vis-à-vis de l’histoire passée et des sentiments complexes et parfois contradictoires (haine / amour, vengeance, revendication, honte, doute de soi, manque de confiance, perte de l’estime de soi) qui l’accompagnent.
  • –  soulager les autres relations du poids de la légitimité destructrice en action, et notamment du risque de toujours être les objets d’une revendication ou d’une recherche de réparation ou de légitimation qui amène la personne victime, par ce que Nagy appelle l’ardoise pivotante, à être elle-même tyrannique, abusive, exploitante. Nous pouvons voir là en quoi ce travail se différencie de la perspective de pardonner.

Ce que nous pouvons dès maintenant en dire, c’est que le pardon relève essentiellement d’une perspective morale où ce sont des valeurs extérieures à la situation qui poussent à agir.
Alors que la démarche de l’exonération est plutôt d’ordre éthique. C’est-à-dire qu’elle se préoccupe d’abord des conséquences de ce que j’ai subi pour les autres, avant d’y penser pour soi.
C’est ce que résume bien Robert Misrahi, grand spécialiste de Spinoza, qui différencie :

  • – la morale comme venant de l’extérieur de soi, et étant soutenue par la perspective du devoir, de l’obligation de se conformer à des valeurs reconnues,
  • – et l’éthique comme appartenant à soi seul, mais bien sûr un soi inscrit dans l’échange, dans la relation à l’autre : l’éthique est alors un chemin qui engage à la réciprocité, au retour à soi en passant par l’autre, dans la perspective d’un futur apaisé, ce que Spinoza nomme la recherche de la « Joie ».

Et nous trouvons là une immense ressource relationnelle qui, bien loin de prôner l’oubli de soi et l’effacement de sa personne, mène à une meilleure estime de soi, à la reconstruction de son identité dans son histoire, à la considération de soi reconnu dans sa capacité à donner et à se soucier des autres.

Bref, cela mène, au-delà de ce que nous pourrions définir comme une dimension préventive pour les générations futures des conséquences des traumas de l’existence, à une meilleure considération de soi, vu dans le regard que les autres peuvent lui porter, et dans la considération réciproque qui aide à l’engagement responsable de chacun vis-à-vis des autres.

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