
Méditer,
Une critique ou une interrogation qu’on entend légitimement parfois : faire la méditation, n’est-ce pas se renfermer sur soi ? La question est juste, puisqu’on paraît se renfermer dans un calme intérieur coupé de l’activité un peu folle du monde. Kosho Uchiyama pose ainsi la question :
« Zazen nous conduira-t-il pas à nous renfermer comme une coquille qui s’appellerait « Ego » et qui ne verrait plus la société et notre prochain ? Cela ne signifierait-il pas une sorte d’auto-idolâtrie, un refus du monde ? Zazen ne serait-il pas une régression, une fuite devant le monde ? Ou bien est-il réellement lié, en un certain sens, à la société ? » (1)
entre enfermement
En fait cette impression naît du raisonnement classique qui oppose le moi aux autres.
« Moi et l’autre se trouvent en opposition totale mais, en même temps, ils dépendent l’un de l’autre. La tentative de séparer les deux signifierait un recul, une fuite, une déification de soi-même, un comportement d’autruche, un contentement de soi. » (1)
Mais ce raisonnement ne prend en compte qu’une partie de notre vie, puisque comme l’indique Uchiyama, on ne peut vivre non plus sans les autres, puisque nous dépendons tous les uns des autres. L’enfant dépend de ses parents pour naître, voir d’une aide d’une sage-femme ou du cops médical, pour se nourrir on dépend de producteurs, de transporteurs, de fournisseurs, pour habiter une maisons nous dépendons d’ouvriers qui la construisent, d’ingénieurs qui la conçoivent, de professeurs pour l’enseignement, d’artistes pour notre culture etc..
et ouverture,
Zazen c’est justement dépasser cette opposition apparente pour prendre conscience d’une manière expérimentale, de la globalité en nous et dans laquelle nous sommes.
« Dans la vie courante, nous pensons aux relations opposées du Moi et de l’autre ; pendant le zazen, pourtant, nous nous libérons de cette idée. La pensée d’opposition cesse lorsque nous laissons tomber entièrement l’idée d’un ego qui serait posé et déterminé par extérieur. » (1)
s’éveiller au tout
Le Bouddha parle de cet éveil au Tout, en parlant de son propre éveil, comme total, au sens de tout s’est éveillé à lui comme lui s’est éveillé au Tout.
« Après de nombreuses années de difficile pratique ascétique, Shakyamuni s’est assis et a pratiqué le zazen sous l’arbre de Bodhi. A l’aube du huit décembre, en voyant l’étoile du matin (Vénus) il a connu le grand éveil. Il s’était transformé d’une personne ordinaire en l’Eveillé, le Bouddha. Son éveil est aussi appelé Jodo, signifiant littéralement « réaliser la Voie »». Ici le mot « Voie » est une traduction chinoise du mot sanscrit « bodhi ». Dans la tradition Zen, « bodhi » est compris comme « l’éveil à sa propre nature, telle qu’elle est ». Quand il a réalisé la Voie, Shakyamuni devint le vrai et authentique Shakyamuni. Dans le Denkoroku (Transmission de la lumière) de Keizan Zenji, le premier cas décrit son illumination de la manière suivante : Le Bouddha Shakyamuni, voyant l’étoile du matin, atteint l’éveil. Il dit, « J’ai, de concert avec la grande terre et tous les êtres sensibles, simultanément réalisé la Voie ». (2)
Le corps est une belle métaphore de ce Tout comme le montre ci-dessous Bernie Glassman. On peut en apparence le décomposer et pourtant chaque partie n’est pas ce corps et ne peut vivre sans lui. Même si chaque partie a son rôle, elle reste sensible au tout et à chacune des autres parties.
« De la même manière, nous regardons habituellement le corps comme un objet restreint et limité ? Nous lui connaissons pourtant de nombreux aspects -mains, orteils, cheveux en nombre, pores de la peau, peau, os, sang, entrailles, tout un ensemble d’organes ainsi que plusieurs mètres d’intestins. Tous ne forment cependant qu’un seul corps avec tous ses aspects et caractéristiques. Frappez-le en un seul endroit et le corps tout entier s’en ressent. Respirez, prenz un peu de nourriture : il n’est pas une seule partie de ce corps qui n’en soit pas affectée. Mais le Corps de l’Unité n’a lui, ni extérieur ni intérieur.
Lorsque je me coupe et que ma main commence à saigner, je ne reste pas là, figé, à me demander : « vais-je ou non faire quelque chose ? » Je n’en fais pas un roman, mais je ne l’ignore pas non plus. Comment pourrais-je d’ailleurs l’ignorer ? Ma main et moi-même ne sommes pas séparés, nous faisons partie de ce Corps de l’Unité : lorsque ma main se blesse, je m’en occupe -j’agis.
Cela est vrai dans tous les domaines de la vie : j’agis, je ne résous pas tout, ce serait impossible, mais je fais certainement quelque chose. » (3)
Cette comparaison nous montre que l’expérience que nous vivons en méditation nous amène à l’agir dans le monde, un agir non coupé, un agir global. Bien sûr cette analogie a ses limites, car il y a un « au-delà », un extérieur au corps, alors que d’un point de vue bouddhiste on parle d’un tout sans limite. Mais elle est aussi intéressante car elle montre que le corps lui-même ne vit pas que d’une manière consciente et volontaire mais est soumis à quelque chose d’autre insaisissable, ce qui nous fait vivre, que nous pouvons appeler « la vie », tout simplement. Et cette vie est porteuse et partagée par tous.
« Chacun de nous vit dans son corps limité, appelé le moi. Beaucoup pensent que ce corps est tout, mais en fait le Soi-même en tant que réalité de vie ne s’y limite pas et doit aller au-delà.
Ainsi notre circulation sanguine, notre fonction respiratoire ne peuvent pas être contrôlées ou mises en route par nous-mêmes. La force qui régit cela est bien loin de mes pensées. Puis-je dire pour autant que cette force n’appartient pas à moi ? En tant qu’agent, elle est ma réalité de vie. Il en est de même pour le cours de mes pensées et de mes idées. Nous ne pouvons faire autrement que d’admettre que la force qui rend cela possible est transcendante par rapport aux pensées.
Tous les êtres vivants, tout ce qui est , est parcouru par le même et unique courant de vie qui circule dans l’univers.
Zazen nous rend capable de laisser tomber nos pensées personnelles et ainsi nous nous éveillons à la réalité de vie qui parcourt le tout. » (1)
et tout le système s’éveille avec nous.
La systémie (4) nous donne des outils pour comprendre cela. Voici la définition d’un système suivant ce point de vue :
« LE SYSTEME est un ensemble d’éléments en interaction dans un contexte donné avec une finalité propre et en évolution » (5)
Essayons d’approfondir cette définition :
« Un ENSEMBLE, sous-entend que la totalité n’est pas réductible à la somme des parties. C’est ce qu’on nomme la Non-sommativité : l’ensemble est plus que la somme des parties. Cet ensemble porte des qualités émergentes qui vont ouvoir être le résultat du système. Il a une organisation structurelle & fonctionnelle de ses ÉLÉMENTS. S’il y a une hiérarchie, des fonctions liées aux statuts, des rôles qui sont la réalité du fonctionnement, du pouvoir mis en œuvre, il n’y a pas de causalité linéaire (une cause crée un effet, un effet est créé par une cause) mais une causalité circulaire, c’est à dire que chaque effet est lui créateur de rétroaction, devenant cause lui-même. Et ainsi tous les éléments coévoluent vers la finalité, c’est ce qu’on nomme l’Equifinalité : tous les éléments concourent, à leur manière, à ce que le système ailler vers son but.
Le CONTEXTE donné, c’est l’environnement dans lequel se déroule la vie. Il a des frontières internes et externes dans la mesure où il peut être lui-même sous-système d’un système plus global. Les frontières internes peuvent déterminer des Sous systèmes.
Il a une FINALITE PROPRE. Pour assurer cette finalité le système cherche une Stabilité qui est sa capacité de s’adapter par rapport à une perturbation extérieure ou interne, son Homéostasie qui est donc un état d’équilibre dynamique, car tout changement participe à l’homéostasie. Cette finalité implique dont un Projet, des objectifs et des Valeur : ce à quoi est attaché chaque membre du système ou du sous-système. Mais il y a aussi les Mythes : histoires dans lesquelles tous les membres du système ou du sous-système croient depuis des générations. Ces mythes, réactualisés par des rites créent la cohésion du système
L’EVOLUTION est faite de Crises et de CYCLES qui amènent un changement durable & profond. On en a besoin pour inventer quelque chose de nouveau. l’Entropie fait qu’un système va vers sa mort, c’est le processus de désorganisation. Mais ce sont les changements tels que décrits qui peuvent permettre au système de s’adapter en un nouveau système plus adapté, qui peut paraître une fin du précédent. » (5)
Méditer, vivre une expérience globale.
D’un point de vue holographique (6) chaque photo holographique (hologramme) représente l’image globale, mais si on casse cette image en plusieurs morceaux, chaque morceau représentera toujours l’image globale. Zazen c’est vivre l’expérience de cette globalité telle qu’elle est d’une façon renouvelée et infinie (jusqu’à la mort au moins
) Nous sommes des éléments, comme vus dans la définition systémique ci-dessus, qui ne sont ni séparés ni noyés dans la globalité. Et en tant qu’éléments nous sommes porteurs du tout, dans un processus sans cesse renouvelé.
« Le Soi-même est ce qui s’éveille et qui se présente en tant que réalité de vie. Ce n’est pas une notion fixe mais c’est le contenu vécu de l’éveil. Nous vivons le Soi-même en tant qu’expérience originelle et palpable. » (1)
- La realite du zen – Uchiyama Roshi Kosho – Courrier Du Livre -
- SotoZen
- Le cercle infini – méditations sur le sûtra du cœur – Bernie Glassman – Albin Michel
- wikipedia
- Notes personnelles durant la Formation à la thérapie systémique avec les familles
- Wikipedia











