Juste s’asseoir


Shikantaza

« Shikantaza : le but de la pratique de zazen est le zazen. Zazen signifie : abandonner corps et esprit. Faire du zazen c’est le satori. » (1)

Dès qu’on décide de méditer, c’est à dire de s’asseoir, on ne fait rien d’autre que de s’asseoir. Si une insatisfaction monte nous ne sommes plus « juste assis », c’est le mental qui s’agite.

« Dès que l’on a commencé à s’asseoir en zazen, on ne doit plus faire autre chose que se concentrer sur la juste posture… non plus avec la tête mais avec chair et os. Enfin, abandonnez tout et ne vous occupez que de la posture correcte du zazen. […] Gardons ceci présent à l’esprit : ce qui reste insatisfait, c’est notre intellect avide de comprendre, incapable de voir le fruit de son activité. » (1)

On peut avoir l’illusion de pratiquer pour l’éveil. Mais l’illumination c’est d’être dans ce qu’on ce que l’on fait, sans rien y rajouter de ce qu’on pourrait être, de ce qu’on pourrait faire, ce qu’on devrait faire, de ce que cela pourrait apporter.

« Ces formes ne sont pas des moyens d’obtenir le juste état d’esprit. Être dans cette posture, c’est cela même avoir le juste état d’esprit. Il n’y a pas besoin d’obtenir quelque état d’esprit spécial. […] Quand vous essayez d’atteindre quelque chose, votre esprit commence à vagabonder ailleurs, votre corps et votre esprit sont ici même. […] L’état d’esprit qui existe quand vous êtes assis dans la bonne position est, lui-même, illumination. Si l’état d’esprit que vous avez pendant zazen ne suffit pas à vous satisfaire, c’est que votre esprit vagabonde encore.  » (2)

Juste s’asseoir

La grande force de « juste s’asseoir » c’est de se débarrasser de toutes les croyances, de toutes les angoisses, de tous les désirs, de toutes les peurs, pour n’être que dans l’acte en lui-même : juste assis.

« L’expression « juste s’asseoir », shikantaza, signifie que rien ne s’interpose entre celui qui s’assied et l’acte de s’asseoir. Cette assise ne se fonde sur aucune croyance, aucune idée. Il s’agir simplement de vivre l’expérience. L’expérience de la simplicité, de la bonté, de la présence, de la nudité. Ou encore, s’il faut trouver un mot plus puissant encore, de la liberté. L’expérience de se défaire des luttes, des attentes, des comparaisons. » (3)

Il n’y a rien à rajouter, rien à retrancher à ce qui est : l’assise.

« Lorsque vous atteignez l’éveil, si vous ne trouvez aucune interrogation de plus plus, vous avez déjà le Grand Éveil. » (4)

« J’imaginais toutes sortes de choses.

Mais maintenant,

le fond du seau est défoncé.

L’eau ne s’y accumule pas.

La lune ne s’y reflète pas non plus. »

Chiyono (4)

Nous ne cherchons pas à savoir si nous sommes bouddhistes, si nous méditons bien, si nous allons être éveillés, nous sommes simplement assis.

« Kodo Sawaki disait toujours : « faire du zazen, c’est tout » Cette parole signifie : ne vous occupez pas de savoir si zazen est le chemin du Bouddha ou si le chemin du Bouddha est le zazen. Zazen est zazen. » (1)

Sans rien d’autre

Nul besoin d’autre chose que de s’asseoir, ni rituel, ni croyance, ni habit.

« Il n’est pas nécessaire de brûler de l’encens pour mettre votre esprit en condition. Il n’est pas besoin de vénérer des statues du Bouddha, ni de […] psalmodier le nom du Bouddha. Il n’est pas besoin d’actions de repentir, ni de lecture des sutras, ni d’autres cérémonies. Il suffit uniquement d’exercer le zazen. » (5)

Nous sommes, tel l’épouvantail au milieu du champ, posés. Son activité est d’être posé ici.

« Un épouvantail

Dans un petit champ montagnard.

Il ne le surveille pas

D’une manière consciencieuse.

Mais il n’est pas inutile. »

Kukkoku (6)

Qu’être disponible

Être comme un épouvantail fait peur, devrions nous être ainsi passif, « sans rien faire » ? Quel est ce « lâcher-prise » dont on parle beaucoup, mais le plus souvent plutôt compris comme soumission (laisser faire) plutôt que comme « ouverture sur tous les possibles ».

« Un abandon, un lâcher-prise, un oubli s’opèrent, mais ce lâcher-prise n’est possible qu’en maintenant un effort. On s’astreint en effet à une certaine posture, et c’est dans l’astreinte même que surgiront naturellement les sentiments d’ouverture et de liberté intérieures. Une double dimension à la fois d’activité et de passivité devient l’évidence : je médite tout autant que je suis médité. On pourrait ajouter que la méditation consiste à créer des disposition particulières (son aspect d’activité) afin de laisser opérer le lâcher-prise (son aspect de passivité). Être passif n’est pas démissionner devant ce qui est. En réalité, je ne peux être que le seul acteur de ma vie, y compris dans le for intérieur de la méditation. La passivité est disponibilité.  » (3)

À la vie

Cette posture, va bien au delà du temps dit de « méditation », celui où nous sommes assis sur un coussin, c’est la bonne posture dans tous les actes de la vie.

« Essayez toujours de garder la bonne position, pas seulement lorsque vous pratiquez zazen, mais dans toutes vos activités. Pour conduire, pour lire, prenez la bonne position. » (2)

À l’instant

Et cette posture de chaque instant, c’est être simplement, mais entièrement, présent à l’instant.

« Plus nous attendons l’éveil, plus nous nous en éloignons. Si nous abandonnons toute attente d’une réalité autre, nous nous apercevons que tout se joue aujourd’hui. Plus qu’aujourd’hui, en ce moment. Plus qu’en ce moment, juste maintenant. » (3)


  1. La realite du zen – Uchiyama Roshi Kosho – Courrier Du Livre -
  2. Esprit zen, esprit neuf – Shunryu Suzuki – Seuil -
  3. Les bouddhas naissent dans le feu – Rommeluère, Éric – Edition Seuil
  4. La saveur du zen – Ikkyû – Edition Albin Michel
  5. Eihei koroku – Dôgen -
  6. Mystère de la sagesse immobile du Maître Takuan – Présenté et traduit par Maryse et Masumi Shibata – Albin Michel

A propos Frédéric Baylot

Méditation, non-violence, BD, solidarité, écologie, autogestion & Féminisme http://fredericbaylot.wordpress.com/
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3 réponses à Juste s’asseoir

  1. Ping: Ne plus penser ou ne plus être un penseur ? Laisser penser, avoir une posture correcte, sans rien attendre de zazen, accepter simplement de vivre, et pratiquer sans cesse. « BD, zen, société, internet

  2. Ping: Quoi de plus sympa qu’un œuf ! « ZEM apprenti Maître Zen

  3. Ping: Pour convier le nirvana dans notre vie, « ici et maintenant » doivent être notre zafu « BD, zen, société, internet

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