
Un des points à observer pour étudier la voie du Bouddha, d’après Dôgen, est de trouver un maître authentique. S’il y a bien un sujet qui est difficilement acceptable à notre époque individualiste, c’est celui-ci. D’autant plus quand il écrit :
« Le disciple est comme du bois de bonne qualité et le maître semblable à un artisan. Même si le bois est de bonne qualité, sa beauté ne transparaît pas tant qu’il ne trouve un habile artisan. » (1)
Dôgen nous dit en fait qu’il ne faut pas nous satisfaire de lectures de textes contemporains sur la Voie mais au contraire plonger dans les textes primordiaux : « ne pas délaisser les racines pour rechercher les rameaux. »(1)
Ces textes paraissent difficiles, voir loufoques par rapport à notre époque, alors comment les comprendre ? Dôgen est parti en Chine pour remonter à la source de ce « chemin vital ».
Maïeutique
Pourquoi écouter les enseignements d’un maître plutôt que de se débrouiller tout seul avec des livres ou des vidéos ? Comme Socrate et sa maïeutique « Le maître a une fonction d’accoucheur. Il doit débusquer les faux-semblants, pointer les égarements. Il n’enseigne jamais, sinon par convention, mais doit bien plutôt donner à désapprendre : comment se dégager de ses schémas habituels et accéder à une autre dimension de soi ? Car seul, on ne fait que rajouter, selon l’expression zen, une tête sur sa propre tête. » (2)
Mais si « le chemin nécessite le détour de la rencontre » (2) ,comment pouvons-nous trouver au XXI° siècle cet ami de bien (sanscrit : kalyânamitra) qui pourra nous guider ?
Ami de bien
Dôgen décrit ainsi le maître authentique :
« Le maître authentique a des ressources illimitées et une volonté sans borne. Il ne s’attache pas à l’idée d’un moi. Il n’est pas bloqué par ses sentiments et sa conduite se conforme à sa compréhension. Il ne se préoccupe pas de son esprit égoïste » (1)
Trouver déjà une telle personne est une voie ! Tout cela peu prendre du temps, mais cette lenteur est aussi déjà un apprentissage en soi. Cette rencontre « n’est pas forcément aussi grandiloquente que dans les histoires édifiantes du passé. C’est aussi, et peut-être même surtout, dans l’ordinaire de la rencontre, lorsque le maître se dévoile en tant qu’être humain, que se noue cette amitié pour l’éveil. » (2)
Cette « amitié pour l’éveil » se tisse de jour en jour, comme se tresse la confiance qui ne peut s’instituer.
Le disciple a confiance dans la bonté du maître. Le maître, lui, a confiance dans la capacité du disciple à toucher son propre cœur. L’un et l’autre font un pari intérieur sur l’avenir : qu’une vie authentique et éveillée est possible. Chacun s’y jettera totalement, sans a priori ni jugement. Tous deux se mettent à nu, se dévoilent, s’exposent, se mettent en danger. Il y aura parfois des difficultés, des renoncements et des épuisements. Toute transformation a son prix. Les remises en cause sont parfois douloureuses – il y a tant de choses que l’on ne voudrait pas remettre en cause. Et puis il y aura des joies et des bonheurs. Le souci constant de l’enseignant est de trouver le mot juste, l’attitude qui va bouleverser son ami. (2)
- Gakudô Yôjin Shû (Recueil des points à observer dans l’étude de la voie) de Eihei Dôgen in « Les fleurs du vide ; anthologie du bouddhisme » E Rommeluere Grasset (1997)
- Eric Rommeluère












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